Publié le 15 mars 2024

Pour un DSI, la transition vers le Green IT n’est pas une contrainte ESG, mais une stratégie d’optimisation révélant des gains de performance et des économies substantielles.

  • Les plus grandes économies se cachent dans les inefficiences dormantes de votre infrastructure (serveurs, stockage, postes de travail).
  • L’écosystème québécois offre un avantage compétitif unique grâce à l’hydroélectricité et aux acteurs locaux du recyclage.
  • Allonger la durée de vie du matériel et choisir des partenaires locaux sont des décisions à fort retour sur investissement.

Recommandation : Initiez un audit ciblé sur la consommation énergétique de vos serveurs et le cycle de vie de votre parc informatique pour identifier les premiers gains rapides.

En tant que Directeur des Systèmes d’Information à Montréal, la pression pour répondre aux critères ESG s’ajoute à vos défis quotidiens de performance, de sécurité et de maîtrise budgétaire. Face à cet enjeu, les conseils habituels sur le numérique responsable, comme « envoyer moins de courriels », peuvent sembler dérisoires et déconnectés de la complexité d’une infrastructure d’entreprise. Ces actions, bien que louables, ne s’attaquent qu’à la partie émergée de l’iceberg et occultent les véritables gisements d’optimisation.

La réalité est que l’empreinte carbone de votre département ne se mesure pas en gestes symboliques, mais en kilowattheures consommés par vos centres de données, en cycles de renouvellement de votre parc informatique et en téraoctets de données stockées inutilement. Mais si la véritable clé n’était pas de voir le Green IT comme un centre de coût ou une nouvelle contrainte réglementaire, mais plutôt comme un levier de performance insoupçonné ? L’approche que nous allons explorer consiste à traquer les inefficiences dormantes qui plombent déjà votre budget pour les transformer en gains financiers et environnementaux mesurables.

Cet article n’est pas une liste de bonnes intentions. C’est une feuille de route stratégique pour le DSI qui souhaite faire de la durabilité un avantage concurrentiel. Nous allons décortiquer les leviers techniques et organisationnels concrets, spécifiquement adaptés au contexte québécois, pour aligner vos objectifs de performance avec une responsabilité environnementale exemplaire.

Pour vous guider dans cette démarche stratégique, cet article est structuré pour aborder les points de levier les plus impactants. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer directement vers les optimisations les plus pertinentes pour votre organisation.

Pourquoi vos courriels polluent plus que votre flotte de véhicules de service ?

L’impact environnemental des courriels est l’exemple parfait de la pollution numérique invisible. Contrairement à un pot d’échappement, son empreinte est distribuée tout au long d’une chaîne complexe : le terminal de l’utilisateur, les réseaux, les serveurs de stockage et de traitement, et enfin le terminal du destinataire. Chaque maillon consomme de l’électricité. L’envoi massif de courriels, en particulier avec des pièces jointes volumineuses et à de multiples destinataires, crée une charge énergétique cumulée qui peut rapidement devenir significative pour une grande organisation.

Cette pollution est souvent sous-estimée. Un seul employé de bureau peut générer jusqu’à 0,6 tonne de CO2 par an uniquement par son usage de la messagerie. Multiplié par des milliers de collaborateurs, ce chiffre dépasse l’impact de plusieurs véhicules de service. La nuance, cruciale pour un DSI au Québec, réside dans la source de l’énergie. Comme le précise Daria Marchenko d’Ecoist Club dans une analyse sur l’empreinte carbone des technologies, l’impact est bien moindre si l’infrastructure est alimentée par l’hydroélectricité québécoise plutôt que par des centrales thermiques. Cet arbitrage énergétique devient donc un élément clé de votre stratégie.

La solution ne réside pas dans l’interdiction du courriel, mais dans son usage raisonné. Il s’agit de le réserver aux communications externes et formelles, et de privilégier des plateformes collaboratives internes (comme Teams ou Slack). Ces outils centralisent les échanges et les fichiers, évitant la duplication exponentielle des données et des transferts énergivores. L’objectif est de transformer une habitude polluante en un flux de travail optimisé.

Comment doubler la durée de vie de vos flottes d’ordinateurs sans perdre en productivité ?

Le cycle de renouvellement agressif du matériel informatique est l’un des principaux postes de dépenses et de pollution pour une DSI. La norme tacite, souvent poussée par les fabricants, est de remplacer les ordinateurs tous les trois ans. Pourtant, cette pratique est rarement justifiée par une perte de performance réelle pour la majorité des utilisateurs. Selon les recommandations des professionnels de l’informatique, une durée de vie de 3 ans est un maximum pour les entreprises, mais cette approche est de plus en plus contestée.

Une approche plus stratégique et économique consiste à mettre en place une gestion du cycle de vie stratégique, aussi appelée « tiering ». Plutôt que de remplacer tout le parc, les machines les plus puissantes et récentes sont attribuées aux profils les plus exigeants (développeurs, designers), tandis que les machines plus anciennes, mais parfaitement fonctionnelles, sont réattribuées à des utilisateurs aux besoins bureautiques standards après une mise à niveau ciblée (ajout de RAM ou remplacement d’un disque dur par un SSD).

Stratégie de hiérarchisation du matériel informatique avec ordinateurs reconditionnés dans un bureau canadien

Cette stratégie permet non seulement de doubler la durée de vie effective du matériel, passant de 3 à 6 ans, mais aussi de réduire drastiquement les coûts d’acquisition et l’empreinte carbone liée à la fabrication de nouveaux appareils. Pour les machines arrivant réellement en fin de vie, des partenaires québécois comme Insertech offrent des solutions de reconditionnement certifiées. En tant que reconditionneur reconnu par l’ARPE-Québec, ils assurent une seconde vie aux appareils ou un recyclage écologique, transformant un déchet en ressource et un coût en opportunité.

Cloud local ou géants américains : quel hébergement est vraiment le plus écologique ?

Le passage au cloud est souvent présenté comme une solution intrinsèquement « verte ». La réalité est plus nuancée et impose un arbitrage énergétique stratégique de la part du DSI. L’efficacité énergétique d’un centre de données se mesure principalement par son PUE (Power Usage Effectiveness), un indicateur qui compare l’énergie totale consommée par le site à l’énergie effectivement utilisée par les équipements informatiques. Un PUE proche de 1.0 signifie une efficacité quasi parfaite.

Cependant, le PUE ne dit pas tout. La source de l’électricité est tout aussi cruciale. Un centre de données avec un PUE excellent mais alimenté au charbon aura une empreinte carbone bien plus élevée qu’un centre légèrement moins efficace alimenté par l’hydroélectricité. C’est là que le contexte québécois devient un avantage concurrentiel majeur. Des fournisseurs comme OVHcloud, avec leur méga-centre de données à Beauharnois, bénéficient directement de l’énergie propre du Québec et de technologies de refroidissement par eau brevetées, leur permettant d’afficher des PUE très compétitifs tout en ayant une empreinte carbone extrêmement faible.

Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative des fournisseurs cloud, met en lumière ces différences pour les régions canadiennes.

Comparaison PUE et efficacité énergétique – Fournisseurs cloud au Canada
Fournisseur PUE moyen Source d’énergie (Canada) Localisation canadienne
OVHcloud 1.28 Hydroélectricité Québec Beauharnois, QC (6 centres)
AWS 1.07-1.15 Mix énergétique variable Montréal, Toronto
Google Cloud 1.10 Mix avec renouvelables Montréal, Toronto
Azure Variable (plus élevé) Mix énergétique Toronto, Québec City

Choisir un hébergeur local comme OVHcloud à Beauharnois n’est donc pas seulement un geste pour la souveraineté numérique verte, c’est une décision stratégique qui garantit une empreinte carbone minimale, un argument de poids pour vos rapports ESG. L’innovation, comme le refroidissement liquide, est au cœur de cette performance, comme le suggère l’image ci-dessous.

Vue macro de circuits de refroidissement par eau dans un centre de données canadien écologique

L’erreur de configuration serveur qui consomme 30% d’énergie inutilement

Au cœur de votre infrastructure se cache une source d’inefficience dormante particulièrement coûteuse : la configuration par défaut des serveurs. Les fabricants livrent souvent leurs machines avec des profils d’alimentation réglés sur « performance maximale », une configuration qui maintient les processeurs à haute fréquence et les blocs d’alimentation en tension constante, même lorsque la charge de travail est faible ou nulle. Ce paramétrage, conçu pour répondre aux pics de charge les plus extrêmes, entraîne une surconsommation énergétique permanente pouvant atteindre 30%.

Activer les modes d’économie d’énergie avancés dans le BIOS/UEFI de vos serveurs est un levier d’optimisation à impact immédiat et sans coût. Ces paramètres permettent aux serveurs d’adapter dynamiquement leur consommation à la charge réelle, en réduisant la fréquence des processeurs (CPU P-states) ou en mettant des composants en veille profonde lors des périodes d’inactivité. Il ne s’agit pas de brider la performance, mais de la rendre intelligente et adaptative.

L’audit et la correction de ces configurations doivent devenir un réflexe pour vos équipes techniques. La généralisation d’un profil « Économie d’énergie » ou « Personnalisé » sur l’ensemble de votre parc de serveurs peut se traduire par des économies de plusieurs milliers de dollars sur votre facture d’électricité annuelle, tout en réduisant significativement votre empreinte carbone, sans aucun impact perceptible sur la performance pour 95% des charges de travail.

Plan d’action : auditer la configuration énergétique de vos serveurs

  1. Accès au BIOS/UEFI : Redémarrer le serveur et accéder aux paramètres système au démarrage (généralement via la touche F2).
  2. Navigation : Localiser la section relative au profil système ou aux paramètres d’alimentation (ex: System Profile Settings).
  3. Configuration du disque de secours : Activer cette fonction pour permettre aux blocs d’alimentation de passer en veille et d’entrer dans un état de très faible consommation lors des charges légères.
  4. Activation du PFC : Vérifier que la correction du facteur de puissance (Power Factor Correction) est bien activée pour que les blocs d’alimentation fonctionnent plus efficacement et réduisent l’énergie gaspillée.
  5. Déploiement et mesure : Appliquer ce profil optimisé sur un serveur pilote, mesurer les gains via vos outils de supervision (DCIM), puis généraliser la configuration à l’ensemble du parc concerné.

Quand lancer une politique « zéro pièce jointe » pour maximiser l’impact ?

Une politique « zéro pièce jointe » peut sembler radicale, mais elle doit être envisagée comme une décision stratégique lorsque certains signaux d’alerte apparaissent. Le moment est venu de l’implémenter lorsque vous constatez une saturation rapide de vos serveurs de messagerie, des coûts de stockage qui explosent, ou des audits de sécurité qui révèlent une dissémination incontrôlée de données sensibles via les courriels. C’est le symptôme d’une utilisation du courriel comme un système de gestion de fichiers, ce qu’il n’est pas.

Lancer une telle politique n’est pas une fin en soi, mais le catalyseur d’une transition vers des outils plus adaptés. Son succès repose sur la mise à disposition d’une alternative centralisée, simple et sécurisée pour le partage de documents, comme un SharePoint, un Nextcloud ou des canaux dédiés dans Microsoft Teams. L’objectif n’est pas d’interdire le partage, mais de le canaliser vers une plateforme unique où le document n’existe qu’en une seule version, accessible via un simple lien.

L’impact est triple. Premièrement, vous réduisez drastiquement le volume de données stockées, et donc l’énergie nécessaire pour les maintenir. Un courriel avec une pièce jointe de 1 Mo envoyé à 10 personnes génère 73 g de CO2 et occupe 10 Mo d’espace de stockage. Le même document partagé via un lien ne génère qu’une fraction de cet impact. Deuxièmement, vous renforcez la sécurité et la gouvernance des données en contrôlant les accès et les versions. Troisièmement, vous améliorez la productivité en évitant la confusion des « v1_final », « v2_final_final ». Le lancement d’une telle politique est donc optimal lors d’un projet de migration vers une suite collaborative ou de refonte de la gouvernance de l’information.

Comment configurer les postes de travail pour économiser 20% d’énergie la nuit ?

Si la consommation des serveurs est un enjeu majeur, celle du parc de postes de travail, par son volume, représente une autre inefficience dormante considérable. Laisser un ordinateur allumé en permanence, même en veille simple, gaspille une quantité d’énergie non négligeable. Selon une analyse du Carbon Trust, la différence de coût est substantielle : un PC éteint chaque nuit coûte environ 18$ par an en énergie, contre 65$ s’il reste allumé, soit une économie potentielle de 47$ par poste et par an. Multiplié par des centaines ou des milliers de postes, le gain devient stratégique.

Se fier à la seule bonne volonté des employés pour éteindre leur machine est inefficace. La solution la plus robuste pour un DSI est d’implémenter une politique de gestion de l’alimentation centralisée via des Objets de Stratégie de Groupe (GPO) dans un environnement Active Directory, ou des outils équivalents de Mobile Device Management (MDM). Ces politiques permettent de forcer la mise en veille prolongée (hibernation) de tous les postes de travail après une période d’inactivité définie, par exemple 30 minutes après la fin des heures de bureau.

La mise en veille prolongée est préférable à la veille simple, car elle sauvegarde l’état de la session sur le disque dur et coupe complètement l’alimentation de la machine, pour une consommation quasi nulle. Au redémarrage, l’utilisateur retrouve son environnement de travail intact en quelques secondes. C’est une mesure non intrusive, totalement transparente pour l’employé, qui garantit des économies d’énergie systématiques et mesurables sur l’ensemble du parc, sans dépendre des comportements individuels.

ARPE ou programme maison : quelle option choisir pour récupérer vos vieux appareils ?

La gestion de la fin de vie du matériel électronique est une responsabilité légale et environnementale pour toute entreprise au Québec. Deux options principales s’offrent à un DSI : développer un programme de récupération interne ou s’associer à un organisme certifié comme ARPE-Québec (Association pour le recyclage des produits électroniques). Si l’option « maison » peut sembler offrir plus de contrôle, elle est en réalité un dédale de complexité logistique, de risques de sécurité et de manque de traçabilité.

Faire appel à un partenaire certifié ARPE-Québec, comme les reconditionneurs ou les recycleurs agréés, est de loin l’approche la plus stratégique. ARPE-Québec est le programme officiel de gestion responsable des produits électroniques en fin de vie dans la province. Travailler avec ses partenaires garantit plusieurs points cruciaux pour un DSI. Premièrement, la sécurité des données : ces entreprises suivent des protocoles stricts et certifiés d’effacement de données, vous protégeant contre les fuites d’informations confidentielles. Deuxièmement, la traçabilité et la conformité : vous recevez des certificats d’effacement et de recyclage, des documents indispensables pour vos audits ESG et votre diligence raisonnable.

Enfin, ces partenaires sont engagés dans une logique d’économie circulaire. Leur priorité est de maximiser le réemploi des appareils ou des composants, comme nous l’avons vu avec Insertech. Ce qui ne peut être réutilisé est démantelé et recyclé dans le respect des normes environnementales les plus strictes, évitant que vos anciens actifs ne finissent dans des décharges illégales. Confier la fin de vie de votre parc à un partenaire ARPE-Québec n’est pas une sous-traitance, c’est une externalisation stratégique qui transforme une obligation complexe en une opération simple, sécurisée et valorisante pour votre image d’entreprise responsable.

À retenir

  • Les plus grands gains du Green IT proviennent de la chasse aux inefficiences cachées (serveurs, stockage) et non des gestes symboliques.
  • Le contexte québécois (hydroélectricité, acteurs locaux) transforme la contrainte écologique en un avantage compétitif unique.
  • Prolonger la vie du matériel via une gestion stratégique (« tiering ») génère un retour sur investissement financier et environnemental direct.

Comment appliquer l’indice de réparabilité à vos produits technologiques ?

L’indice de réparabilité, une obligation légale en France pour certains produits électroniques, n’a pas encore d’équivalent officiel au Canada. Cependant, son absence réglementaire ne doit pas empêcher un DSI visionnaire d’en faire un outil de décision stratégique. Plutôt que d’attendre une loi, vous pouvez dès aujourd’hui intégrer ce concept dans vos processus d’appel d’offres et de sélection de matériel. Cela consiste à créer votre propre grille d’évaluation interne, inspirée du modèle français, pour noter les équipements potentiels.

Cette grille peut inclure des critères objectifs : la facilité de démontage de l’appareil, la disponibilité et le prix des pièces détachées (batterie, écran, clavier), la qualité de la documentation technique fournie par le fabricant, et la compatibilité avec des outils standards. En attribuant un score de réparabilité à chaque modèle lors d’un appel d’offres, vous ne choisissez plus seulement sur le prix d’achat, mais sur le coût total de possession (TCO), incluant la maintenance et la durée de vie potentielle.

Intégrer ce critère envoie un signal fort au marché et à vos fournisseurs : votre organisation valorise la durabilité et l’autonomie. À terme, cette démarche favorise les fabricants qui conçoivent des produits modulaires et réparables, et vous permet de bâtir un parc informatique plus résilient, moins coûteux à maintenir et plus facile à gérer en fin de vie. C’est une posture de leader qui anticipe les futures réglementations et transforme une contrainte potentielle en un levier d’achat intelligent et responsable.

Pour transformer durablement votre département IT en un modèle de performance et de sobriété, l’étape suivante consiste à initier un premier audit ciblé sur les inefficiences de votre infrastructure. Évaluez dès maintenant la solution la plus adaptée à vos besoins spécifiques pour commencer à générer des résultats mesurables.

Rédigé par Éric Latulippe, Architecte de solutions TI et spécialiste en cybersécurité industrielle (OT/IT). Il cumule 16 ans d'expérience dans la sécurisation des infrastructures critiques et la gouvernance des données pour les PME.