
La protection d’un travailleur isolé ne réside pas dans le choix d’un gadget, mais dans une série d’arbitrages stratégiques entre technologie, légalité et facteur humain.
- Le choix technologique (GPS vs. accéléromètre) dépend entièrement de l’environnement de travail (extérieur vs. intérieur/souterrain).
- La collecte de données biométriques (rythme cardiaque, température) est strictement encadrée au Canada par des lois comme la Loi 25 au Québec, exigeant un consentement éclairé et une justification de sécurité.
- L’adhésion des équipes et des syndicats est la clé du succès, transformant un outil de surveillance potentiel en un pacte de sécurité accepté.
Recommandation : Avant tout déploiement, la réalisation d’une Analyse d’Impact sur la Vie Privée (AIVP/EFVP) n’est pas une simple formalité, mais l’outil essentiel pour valider la légitimité et la proportionnalité de votre projet.
En tant que responsable de la santé et de la sécurité (SST), la protection de vos équipes dispersées sur le vaste territoire canadien est une préoccupation constante. Un forestier en Colombie-Britannique, un technicien sur les routes du nord du Québec ou un mineur en Alberta partagent un même risque : l’isolement en cas d’accident. Face à cela, la promesse des objets connectés – montres intelligentes, gilets bardés de capteurs – semble être la solution évidente. La plupart des guides se contentent de lister les fonctionnalités disponibles, créant l’illusion qu’il suffit de choisir le « meilleur » appareil.
Pourtant, cette approche passe à côté de l’essentiel. La véritable question n’est pas tant de savoir si un accéléromètre peut détecter une chute, mais de comprendre dans quelles conditions il est plus fiable qu’un GPS. Le défi n’est pas de collecter un maximum de données, mais de définir la ligne rouge entre la protection légitime et la surveillance intrusive, particulièrement sous le regard de législations comme la Loi 25 au Québec. Et l’enjeu final n’est pas d’imposer une technologie, mais de construire un capital confiance avec les travailleurs et leurs représentants pour garantir une adoption réelle sur le terrain.
Cet article n’est pas un catalogue de produits. C’est un guide de décision stratégique pour vous, responsable SST. Nous allons décortiquer les arbitrages critiques que vous devez faire à chaque étape, de la sélection technologique à la conformité légale, en passant par l’adhésion des équipes. L’objectif est de vous donner les clés pour bâtir un système de protection des travailleurs isolés (PTI) qui soit non seulement efficace, mais aussi robuste sur les plans juridique et humain.
Pour naviguer ces décisions complexes, cet article est structuré pour aborder chaque dilemme de manière claire et progressive. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers les points d’arbitrage essentiels pour sécuriser vos travailleurs isolés avec intelligence et responsabilité.
Sommaire : Sécuriser vos travailleurs isolés : les arbitrages stratégiques
- Accéléromètre ou GPS : quelle technologie alerte les secours le plus vite ?
- Canicule ou froid extrême : comment savoir quand rappeler vos équipes à l’intérieur ?
- Rythme cardiaque ou localisation : jusqu’où avez-vous le droit de surveiller vos employés ?
- L’erreur de confiance dans les miroirs qui cause des accidents d’angle mort
- Espionnage ou protection : comment vendre le projet aux représentants des travailleurs ?
- Nouveau logiciel RH : pourquoi vous devez faire une analyse d’impact avant de signer ?
- L’erreur de réaction qui transforme un petit dégât en catastrophe environnementale
- Comment sécuriser votre usine contre les ransomwares sans bloquer la production ?
Accéléromètre ou GPS : quelle technologie alerte les secours le plus vite ?
Le premier arbitrage technologique se situe au cœur du dispositif PTI : choisir entre un accéléromètre, qui détecte les mouvements brusques comme une chute, et un GPS, qui fournit une localisation précise. La réponse n’est pas universelle. Un GPS est imbattable pour un travailleur en extérieur dans une zone dégagée, comme un arpenteur en forêt, car il transmet immédiatement la position exacte. Cependant, cette même technologie devient inutile au fond d’une mine ou dans un canyon urbain où le signal satellite ne passe pas. C’est là que l’accéléromètre, qui détecte une immobilité prolongée après un choc, prend le relais.
La véritable performance ne réside donc pas dans une technologie unique, mais dans leur combinaison intelligente. Les systèmes modernes de fusion de capteurs combinent GPS, accéléromètre et même des balises Bluetooth ou Wi-Fi pour l’intérieur. Cette approche permet de pallier les faiblesses de chaque technologie et d’offrir une couverture robuste, quel que soit l’environnement de travail de vos équipes. Le temps de détection est un facteur, mais la fiabilité du signal dans un contexte canadien spécifique est le critère déterminant.
Le tableau suivant, basé sur les réalités des environnements de travail canadiens, met en lumière cet arbitrage essentiel.
| Technologie | Environnement optimal | Temps de détection | Fiabilité Canada | Limites |
|---|---|---|---|---|
| GPS | Extérieur dégagé | Immédiat | 85% territoire | Inefficace mines/urbain dense |
| Accéléromètre | Tout environnement | 10-30 secondes | 95% | Fausses alertes possibles |
| Bluetooth/Wi-Fi | Intérieur équipé | 5-15 secondes | 98% zones couvertes | Nécessite infrastructure |
| Fusion capteurs | Universel | 5-20 secondes | 99% | Coût plus élevé |
Une fois l’alerte émise, un protocole strict et rapide est vital. Les centres de télésurveillance certifiés ULC au Canada suivent une procédure rigoureuse pour qualifier l’urgence avant de contacter les services de secours, garantissant que chaque alerte est traitée avec la diligence requise.
En définitive, le choix ne se résume pas à « accéléromètre ou GPS », mais à « quelle combinaison de capteurs garantit la meilleure redondance pour mes équipes, sur leur terrain spécifique ? ». L’investissement initial dans une solution de fusion de capteurs peut sembler plus élevé, mais il représente une assurance vie bien plus fiable face à la diversité des scénarios de travail au Canada.
Canicule ou froid extrême : comment savoir quand rappeler vos équipes à l’intérieur ?
La sécurité d’un travailleur isolé ne se limite pas à la détection des chutes. Au Canada, les conditions environnementales extrêmes représentent un risque majeur. Les objets connectés modernes vont au-delà du PTI classique en intégrant des capteurs environnementaux qui surveillent la température, l’humidité et même la qualité de l’air. Cela transforme le dispositif d’une simple balise d’urgence en un outil de prévention proactive.

L’enjeu est de définir des seuils d’alerte objectifs, basés sur les réglementations provinciales. Par exemple, les directives de prévention de la CNESST au Québec identifient des zones de risque dès que la température atteint certains seuils, comme 37°C de température corrigée pour un travail physique lourd. De même, pour le froid, le calcul de l’indice de refroidissement éolien (IRE) est crucial. Une température de -23°C avec un vent de 40 km/h peut provoquer des gelures en moins de 30 minutes sur la peau exposée. Programmer ces seuils dans les dispositifs permet d’automatiser les alertes et d’objectiver la décision de suspendre le travail ou d’imposer des pauses.
Un protocole d’intervention clair, basé sur ces données, est indispensable pour une gestion efficace des risques thermiques :
- Définir les seuils : Programmer les alertes automatiques des dispositifs PTI en fonction des recommandations provinciales (CNESST, CCHST).
- Mettre en place des rotations : Lorsque l’IRE atteint -7°C, une alternance travail/période de réchauffement dans des abris chauffés devient nécessaire.
- Imposer des pauses obligatoires : À des températures ressenties de -32°C, la CNESST recommande deux pauses de 10 minutes par période de 4 heures.
- Former les superviseurs : Les responsables sur le terrain doivent être formés pour interpréter les données agrégées et ajuster la planification du travail de manière préventive, sans attendre l’alerte individuelle.
Ainsi, la surveillance environnementale n’est pas un gadget, mais une extension logique de votre devoir de diligence. Elle permet de passer d’une réaction à un incident à une prévention active des risques liés au climat, un enjeu de plus en plus critique.
Rythme cardiaque ou localisation : jusqu’où avez-vous le droit de surveiller vos employés ?
L’intégration de capteurs biométriques (rythme cardiaque, température corporelle) dans les dispositifs PTI ouvre des possibilités de détection précoce des malaises. Cependant, elle vous fait franchir une ligne rouge en matière de vie privée. Au Canada, et particulièrement au Québec avec la Loi 25, la collecte de telles informations est soumise à un cadre juridique très strict. La question n’est plus seulement technique, elle est légale et éthique.
La clé de voûte de cette réglementation est la notion de « renseignement personnel sensible ». Comme le souligne la Commission d’accès à l’information du Québec, il s’agit d’une information qui, par sa nature intime, crée une attente élevée en matière de vie privée.
Un renseignement personnel est considéré comme sensible lorsqu’il suscite, par sa nature notamment médicale, biométrique ou autrement intime, ou en raison du contexte de son utilisation ou de sa communication, un haut degré d’attente raisonnable en matière de vie privée.
– Commission d’accès à l’information du Québec, Principaux changements apportés par la Loi 25
Cela signifie que vous ne pouvez pas collecter le rythme cardiaque d’un employé simplement « parce que la technologie le permet ». Vous devez démontrer que cette collecte est nécessaire, proportionnée et justifiée par un risque spécifique et élevé que des moyens moins intrusifs ne peuvent pas couvrir. Par exemple, pour un travailleur avec des antécédents cardiaques connus et effectuant une tâche physiquement exigeante, la collecte pourrait être justifiée avec son consentement explicite. Pour un employé de bureau, elle serait manifestement disproportionnée.
De même, la géolocalisation en continu est une zone grise. Si elle est essentielle pour localiser un travailleur après une alerte dans une vaste zone forestière, elle peut être jugée excessive si elle sert à suivre les déplacements d’un technicien en milieu urbain. Le principe est de limiter la collecte au strict nécessaire pour assurer la sécurité, et non pour surveiller la performance.
L’arbitrage est donc délicat : maximiser la sécurité sans violer les droits fondamentaux. La solution passe par une transparence totale avec les employés, un consentement éclairé et une documentation rigoureuse justifiant la nécessité de chaque type de donnée collectée, un processus qui sera au cœur de votre analyse d’impact sur la vie privée.
L’erreur de confiance dans les miroirs qui cause des accidents d’angle mort
Se fier aveuglément à une seule technologie, même la plus avancée, est une erreur stratégique. Chaque solution a ses « angles morts », des scénarios où elle est inefficace. Une erreur commune est de croire qu’une montre connectée, parce qu’elle est portée au poignet, peut tout détecter. Or, comme le soulignent des experts en systèmes PTI, une montre est fondamentalement incapable de détecter une perte de verticalité (un malaise où la personne s’affaisse lentement au lieu de chuter brusquement), car le poignet peut rester en position haute. Cet « angle mort » a conduit à des accidents qui auraient pu être évités avec une solution plus complète.
Cette prise de conscience a poussé l’industrie, notamment dans des secteurs à haut risque comme les sables bitumineux en Alberta, à développer des solutions hybrides. Un dispositif porté à la ceinture ou intégré dans un gilet, capable de mesurer la verticalité du torse, complémente la montre pour couvrir ce type de scénario. L’enjeu est de ne pas se contenter d’une solution unique, mais de penser en termes d’écosystème de sécurité, où plusieurs capteurs se complètent pour couvrir un maximum de risques.
L’urgence de combler ces angles morts technologiques est d’autant plus grande que le nombre d’incidents est en hausse. Au Québec, les données officielles compilées par l’Institut de la statistique du Québec sont alarmantes : on dénombrait 149 812 accidents du travail acceptés en 2022, soit une augmentation de 61% par rapport à 2021. Ce chiffre souligne la nécessité critique de disposer de systèmes de détection fiables et sans faille.
L’angle mort peut aussi être humain. La « fatigue de l’alarme », où les travailleurs et les superviseurs finissent par ignorer les alertes en raison d’un trop grand nombre de faux positifs, est un risque majeur. Un système mal calibré peut devenir contre-productif et créer un faux sentiment de sécurité. Le choix technologique doit donc être suivi d’un calibrage fin et d’une formation continue pour garantir que le système reste crédible et efficace sur le long terme.
Votre rôle en tant que responsable SST est donc celui d’un architecte : non pas choisir une brique, mais concevoir un édifice de sécurité où chaque composant pallie les faiblesses des autres, assurant une protection sans faille.
Espionnage ou protection : comment vendre le projet aux représentants des travailleurs ?
Le plus grand obstacle au déploiement d’un système PTI n’est souvent pas technologique ou financier, mais humain. La perception d’un dispositif de suivi comme un outil d' »espionnage » plutôt que de « protection » peut entraîner un rejet catégorique de la part des employés et des syndicats, rendant le projet mort-né. La clé du succès réside dans une stratégie de déploiement collaborative, visant à construire un capital confiance dès le premier jour.
L’erreur classique est de présenter le projet comme une décision déjà prise. L’approche correcte est de l’introduire comme une problématique à résoudre ensemble. La réglementation canadienne vous y encourage, car elle impose l’implication des Comités mixtes sur la santé et la sécurité au travail (CMSST) dans l’évaluation des risques. Ces comités sont vos alliés naturels pour co-construire la solution.
Une stratégie de déploiement efficace au Canada doit s’articuler autour de plusieurs étapes clés, transformant la méfiance en partenariat :
- Impliquer les CMSST dès le début : Ne présentez pas une solution, mais un problème (« Comment mieux protéger nos équipes isolées ? »). Analysez les risques ensemble, comme l’exige votre devoir d’évaluation.
- Proposer un projet pilote volontaire : Mettez en place un test sur 3 à 6 mois avec un groupe de travailleurs volontaires. Leurs retours et témoignages seront vos meilleurs arguments.
- Établir un protocole de données transparent : Co-rédigez avec les représentants syndicaux un document clair définissant quelles données sont collectées, pourquoi, qui y a accès et pour combien de temps.
- Partager les succès (anonymisés) : Communiquez régulièrement sur les incidents évités ou les interventions réussies grâce au dispositif, en garantissant l’anonymat des personnes concernées.
- Créer un comité de suivi paritaire : Mettez en place un comité composé de membres de la direction et de représentants des travailleurs pour évaluer et ajuster le système en continu.
Cette démarche transforme la dynamique. L’employeur n’impose plus un outil, il fournit, en collaboration avec ses salariés, les moyens d’assurer leur propre sécurité. Le dispositif passe du statut de « contrôleur » à celui de « gardien ».
Au final, la meilleure technologie du monde est inutile si personne ne veut la porter. Investir du temps dans la co-construction du projet avec vos équipes et leurs représentants n’est pas une perte de temps, c’est l’investissement le plus rentable pour garantir le succès et l’efficacité de votre programme de protection.
Nouveau logiciel RH : pourquoi vous devez faire une analyse d’impact avant de signer ?
Le choix d’une plateforme de gestion des dispositifs PTI n’est pas un simple achat de logiciel ; c’est un projet qui implique la collecte et le traitement de renseignements personnels, souvent sensibles. À ce titre, la législation canadienne, et en particulier la Loi 25 au Québec, impose une étape non négociable avant tout déploiement : l’Évaluation des Facteurs relatifs à la Vie Privée (EFVP), aussi connue sous le nom d’Analyse d’Impact sur la Vie Privée (AIVP).
Cette analyse n’est pas une simple formalité administrative. C’est un outil de gestion des risques stratégique qui vous force à vous poser les bonnes questions avant de signer un contrat. Comme le stipule la Commission d’accès à l’information du Québec, cette obligation est claire :
Les organisations doivent notamment mener une EFVP pour tout projet d’acquisition, de développement et de refonte de système d’information ou de prestation électronique de services impliquant des renseignements personnels.
– Commission d’accès à l’information du Québec, Obligations de la Loi 25 sur l’EFVP
L’EFVP doit être proportionnée à la sensibilité des données. La collecte de données de localisation GPS et de rythme cardiaque exige une analyse bien plus poussée que la simple gestion de contacts d’urgence. Elle doit documenter la nécessité de la collecte, les risques pour la vie privée (ex: ré-identification, surveillance abusive, fuite de données) et les mesures d’atténuation prévues (chiffrement, limitation des accès, etc.).
De plus, les exigences varient d’une province à l’autre, ce qui complexifie la tâche pour les entreprises à portée nationale, comme l’illustre ce comparatif.
L’EFVP doit être proportionnée à la sensibilité des données. La collecte de données de localisation GPS et de rythme cardiaque exige une analyse bien plus poussée que la simple gestion de contacts d’urgence. Elle doit documenter la nécessité de la collecte, les risques pour la vie privée (ex: ré-identification, surveillance abusive, fuite de données) et les mesures d’atténuation prévues (chiffrement, limitation des accès, etc.). Les exigences varient d’une province à l’autre, ce qui complexifie la tâche pour les entreprises à portée nationale.
| Juridiction | Obligation AIPVP | Seuil déclencheur | Délai conformité | Sanctions max |
|---|---|---|---|---|
| Québec (Loi 25) | Obligatoire | Tout système avec RP sensibles | Avant déploiement | 25M$ ou 4% |
| Ontario | Variable | Selon secteur | Variable | Variable |
| C.-B. (PIPA) | Recommandée | Nouveaux programmes | Avant collecte | Variable |
En somme, l’EFVP n’est pas un frein, mais un garde-fou. Elle vous protège contre des risques juridiques et financiers considérables (les sanctions pouvant atteindre 25 millions de dollars ou 4% du chiffre d’affaires mondial en vertu de la Loi 25) et garantit que votre projet de sécurité est bâti sur des fondations légales solides.
L’erreur de réaction qui transforme un petit dégât en catastrophe environnementale
Dans de nombreuses industries canadiennes (pétrole et gaz, exploitation minière, foresterie), un accident de travailleur isolé peut être le symptôme précurseur d’une catastrophe bien plus large. Un opérateur de pipeline qui subit un malaise n’est pas seulement un drame humain en puissance ; c’est aussi un risque de non-détection d’une fuite qui peut entraîner un déversement majeur. La portée d’un système PTI efficace s’étend donc bien au-delà de la sécurité individuelle pour devenir un maillon essentiel de la sécurité opérationnelle et environnementale.
L’erreur est de considérer la sécurité des personnes et la sécurité des installations comme deux silos distincts. En réalité, ils sont intrinsèquement liés. Une alerte PTI qui signale une « absence de mouvement » dans une zone critique d’une installation peut être le premier et unique indicateur qu’un processus critique est laissé sans surveillance. La rapidité de l’intervention ne sauve pas seulement l’employé, elle peut aussi permettre de reprendre le contrôle d’une situation avant qu’elle ne dégénère en incident environnemental.
Cette approche intégrée est particulièrement pertinente pour les entreprises opérant sous des réglementations environnementales strictes. Un système PTI robuste peut être présenté aux régulateurs comme une mesure d’atténuation des risques environnementaux. Il prouve que l’entreprise a mis en place des mécanismes pour garantir une intervention humaine rapide en cas de défaillance, qu’elle soit humaine ou mécanique. L’approche intégrée de certains fournisseurs, qui assurent un suivi complet de chaque intervention, garantit non seulement que le salarié a été pris en charge, mais aussi que la situation opérationnelle a été sécurisée.
Le coût d’un déversement, en termes de nettoyage, d’amendes et de réputation, est astronomique. L’investissement dans un système PTI de pointe qui intègre cette double finalité (humaine et environnementale) devient alors non plus un coût de SST, mais une assurance contre des pertes opérationnelles catastrophiques. La capacité de réagir en quelques minutes plutôt qu’en quelques heures peut faire la différence entre un incident mineur et un désastre écologique.
En fin de compte, la protection du travailleur isolé n’est pas une finalité en soi. C’est le premier rempart d’une culture de sécurité globale qui protège à la fois vos équipes, vos opérations et l’environnement dans lequel vous opérez.
À retenir
- Il n’existe pas de « meilleure » technologie PTI, seulement le meilleur arbitrage entre GPS, accéléromètre et autres capteurs en fonction de vos environnements de travail spécifiques.
- La collecte de données biométriques est une zone grise juridique au Canada ; elle exige une justification de sécurité claire, la proportionnalité et le consentement explicite de l’employé.
- Le succès d’un projet PTI repose sur la co-construction avec les syndicats et les employés, en utilisant l’Analyse d’Impact sur la Vie Privée (AIVP/EFVP) comme un outil de dialogue et de transparence.
Comment sécuriser votre usine contre les ransomwares sans bloquer la production ?
À l’ère de l’Industrie 4.0, chaque dispositif connecté, y compris la montre PTI de votre employé, est une porte d’entrée potentielle pour une cyberattaque. Un système de protection des travailleurs isolés mal sécurisé peut être détourné par un acteur malveillant pour infiltrer votre réseau d’entreprise, potentiellement jusqu’à vos systèmes de contrôle industriel (OT), et déclencher une attaque par ransomware paralysant votre production. La cybersécurité des objets connectés (IoT) n’est donc pas un enjeu informatique annexe, mais une composante centrale de la sécurité de vos opérations.
L’erreur serait de se concentrer uniquement sur les fonctionnalités de sécurité physique du dispositif en négligeant sa robustesse numérique. Le choix d’un fournisseur doit impérativement inclure un audit de ses pratiques de cybersécurité. Un fournisseur hébergeant des données sur des serveurs non sécurisés ou utilisant des protocoles de communication non chiffrés expose votre organisation à des risques inacceptables. L’interconnexion croissante entre les systèmes informatiques (IT) et les technologies opérationnelles (OT) signifie qu’une faille dans un simple capteur peut avoir des conséquences en chaîne sur toute votre usine.
Pour intégrer ces dispositifs en toute sécurité, une approche de « défense en profondeur » est nécessaire. Cela implique de traiter chaque appareil comme une source de risque potentielle et de mettre en place des barrières à plusieurs niveaux.
Plan d’action : checklist de cybersécurité pour vos dispositifs pti
- Exiger un chiffrement de bout en bout (end-to-end) pour toutes les communications entre le dispositif, le réseau et les serveurs.
- Vérifier les certifications de sécurité du fournisseur, telles que SOC 2 ou ISO 27001, qui attestent de ses bonnes pratiques.
- Isoler les dispositifs PTI sur un segment de réseau distinct (VLAN) pour contenir toute compromission potentielle et l’empêcher de se propager au réseau de l’entreprise.
- Implémenter une authentification multi-facteurs (MFA) pour tout accès à la plateforme de gestion des données et des alertes.
- Établir un plan de réponse aux incidents qui inclut spécifiquement les scénarios de compromission des dispositifs IoT, en définissant les étapes pour les isoler et les neutraliser rapidement.
En conclusion, la sécurité d’un travailleur isolé en 2024 ne se mesure pas seulement à la rapidité d’une alerte, mais aussi à la robustesse du rempart numérique qui protège cette alerte. L’étape suivante pour tout responsable SST est de systématiser l’évaluation de la cybersécurité dans son processus de sélection et de déploiement de technologies connectées.
Questions fréquentes sur les objets connectés pour la sécurité des travailleurs
Peut-on collecter le rythme cardiaque d’un employé sans son consentement?
Non. Au Canada, et spécifiquement sous la Loi 25 au Québec, les données biométriques comme le rythme cardiaque sont considérées comme des renseignements personnels sensibles. Leur collecte exige un consentement explicite, libre et éclairé de l’employé, et doit être justifiée par une nécessité de sécurité proportionnée au risque encouru.
Où doivent être hébergées les données de localisation des travailleurs canadiens?
La Loi 25 au Québec stipule qu’avant de communiquer un renseignement personnel à l’extérieur de la province, une organisation doit réaliser une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP). Cette évaluation doit démontrer que les données bénéficieront d’une protection adéquate dans la juridiction de destination, équivalente à celle offerte au Québec. Le simple hébergement sur un cloud étranger sans cette analyse est non conforme.
Quelle est la différence entre surveillance de sécurité et surveillance de performance?
La surveillance de sécurité, comme la détection de chute, l’alerte d’immobilité ou la localisation en cas d’urgence, est généralement permise au Canada si elle est justifiée, proportionnée et faite avec le consentement des employés. En revanche, l’utilisation des mêmes données pour suivre la productivité, optimiser les trajets ou contrôler les temps de pause est juridiquement très risquée et peut être considérée comme une surveillance abusive et illégale.
La collecte de données biométriques est-elle nécessaire et proportionnée?
La justification de la collecte est au cœur de la conformité. Une EFVP doit démontrer que la collecte de données sensibles est proportionnée à la finalité (assurer la sécurité), à la quantité de données collectées et aux risques réels encourus par le travailleur. Il faut prouver qu’il n’existe pas de moyen moins intrusif pour atteindre le même objectif de sécurité.
Quelles mesures d’atténuation sont prévues pour les risques identifiés?
L’analyse d’impact doit lister les mesures concrètes pour protéger les données. Cela inclut des contrôles techniques comme le chiffrement des données au repos et en transit, des contrôles organisationnels comme la limitation des accès aux seules personnes autorisées, la tenue de journaux d’accès et la réalisation d’audits de sécurité réguliers sur l’infrastructure.