
La loi sur les compétences n’est pas un coût inévitable, mais une opportunité financière à saisir pour toute entreprise québécoise cherchant à transformer une obligation fiscale en un avantage concurrentiel.
- Structurer et documenter la formation sur le tas (compagnonnage) la rend 100% admissible et représente le plus grand gisement d’optimisation.
- L’arbitrage stratégique entre un formateur interne (« Build ») et un consultant externe (« Buy ») doit se baser sur le coût total de possession de la compétence, pas seulement sur le tarif journalier.
Recommandation : Auditez vos activités de formation informelles actuelles pour identifier et quantifier les dépenses déjà admissibles que vous ne comptabilisez probablement pas.
Pour un contrôleur financier ou un responsable RH au Québec, la ligne « Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre » sur les relevés annuels ressemble souvent à une taxe inévitable. L’objectif devient alors de dépenser le fameux 1% de la masse salariale pour éviter de verser la différence au Fonds des services de l’emploi (FSE). Cette approche purement défensive est une erreur stratégique. La majorité des entreprises se conforment déjà à l’obligation ; les données de Revenu Québec montrent en effet que 88,7% des employeurs assujettis investissent au moins 1% en formation. La vraie question n’est donc plus « faut-il dépenser ? », mais « comment investir intelligemment ? ».
Les solutions classiques consistent à envoyer quelques employés suivre des cours externes ou à engager un consultant pour une journée. Ces actions, bien qu’admissibles, sont souvent déconnectées des besoins réels de l’entreprise et leur retour sur investissement est rarement mesuré. Mais si la véritable clé n’était pas de gérer une dépense, mais de piloter un investissement ? Si chaque dollar de ce budget obligatoire pouvait être alloué pour générer un gain de productivité mesurable, réduire les erreurs coûteuses ou combler un manque de compétences stratégique ?
Cet article propose de renverser la perspective. Nous n’allons pas lister les dépenses admissibles, mais vous fournir une méthode pour transformer votre obligation légale en un levier de performance financière. Nous verrons comment rendre admissibles les formations qui se déroulent déjà dans votre entreprise, comment arbitrer le coût réel entre un formateur maison et un consultant, et comment éviter les erreurs de calcul qui peuvent coûter cher. L’objectif : faire de la loi du 1% non plus un centre de coût, mais un moteur de profitabilité.
Pour vous guider dans cette démarche stratégique, cet article est structuré pour répondre aux questions les plus critiques que se posent les gestionnaires. Chaque section aborde un levier d’optimisation spécifique pour vous aider à bâtir un plan de formation qui sert réellement vos objectifs d’affaires.
Sommaire : Transformer l’obligation de formation en avantage concurrentiel au Québec
- Compagnonnage ou coaching : comment rendre admissibles les formations sur le tas ?
- Formateur maison ou consultant : quelle option coûte le moins cher pour le même résultat ?
- Excel ou LMS : comment suivre les heures de 200 employés sans devenir fou ?
- L’erreur de calcul de la masse salariale qui déclenche une cotisation au Fonds des services
- Pourquoi former vos employés sur un logiciel qu’ils n’utilisent pas est une double perte ?
- Coût du casque vs coût de l’arrêt machine : quand la VR devient-elle rentable ?
- Quand l’ancien patron doit-il quitter le conseil d’administration pour laisser la place ?
- Comment transformer un préposé aux bénéficiaires en opérateur de machine industrielle ?
Compagnonnage ou coaching : comment rendre admissibles les formations sur le tas ?
Le plus grand gisement de dépenses de formation non réclamées dans une PME se trouve dans le transfert de connaissances informel. Chaque fois qu’un employé senior montre une procédure à un junior, c’est de la formation. Le problème est que, sans structure, ces heures sont invisibles aux yeux de Revenu Québec. La clé pour les rendre admissibles est de transformer ce compagnonnage spontané en un programme de formation interne structuré. Il ne s’agit pas de créer une bureaucratie lourde, mais de mettre en place un cadre minimal pour documenter ce qui existe déjà.
La Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) est très claire sur les exigences : un plan de formation avec des objectifs, des méthodes d’évaluation et un suivi des heures. Cela peut sembler complexe, mais en réalité, il s’agit de formaliser le bon sens. Quel est le but de la formation ? Comment saura-t-on si l’employé a acquis la compétence ? Qui a formé qui, et pendant combien de temps ? En répondant à ces questions sur papier, vous transformez une dépense de salaire « perdue » en une dépense de formation 100% admissible.
Pour les entreprises qui maîtrisent bien ce processus, il est même possible de demander un certificat de qualité de l’initiative de formation à la CPMT. Comme le précise l’organisme, l’obtention de ce certificat peut exempter l’entreprise de devoir prouver son investissement de 1% pendant une période de trois ans, allégeant considérablement le fardeau administratif. C’est une piste stratégique pour les organisations qui font du développement des compétences un axe majeur.
Plan d’action : Documenter le compagnonnage pour la loi sur les compétences
- Créer un plan de formation interne structuré avec des objectifs d’apprentissage précis (ex: « L’employé sera capable de calibrer la machine X en moins de 15 minutes ») et des méthodes d’évaluation claires.
- Documenter rigoureusement les heures de formation avec des registres de suivi simples (papier ou numérique) signés par le formateur et l’apprenant à la fin de chaque session.
- Établir des fiches d’évaluation de compétences avec des critères mesurables (ex: « Respect des 5 étapes de sécurité : Oui/Non ») qui nécessitent une signature des deux parties.
- Calculer et documenter le salaire admissible du formateur interne (pour le temps passé à former) et de l’apprenti (pour le temps passé à être formé) selon les barèmes de Revenu Québec.
- Conserver toutes les pièces justificatives (plans, registres, évaluations, calculs de salaire) pendant une période de 6 ans, comme l’exige la loi, en prévision d’un audit potentiel.
Formateur maison ou consultant : quelle option coûte le moins cher pour le même résultat ?
La décision entre former un expert à l’interne ou faire appel à un consultant externe est un arbitrage stratégique classique, souvent résumé par l’analyse « Build vs. Buy ». Comme le souligne Caroline Henri, CRHA, cette approche permet de bâtir un avantage durable.
L’analyse stratégique ‘Build vs. Buy’ appliquée à la formation permet de créer un actif durable au sein de l’entreprise québécoise.
– Caroline Henri, CRHA, Perreault & Associés – Guide investissement formation
L’erreur commune est de comparer uniquement le coût journalier du consultant (ex: 2000$) au salaire de l’employé. Une analyse financière rigoureuse doit considérer le coût total de possession de la compétence. Engager un consultant (« Buy ») est une dépense d’exploitation (OPEX) : le coût est prévisible et ponctuel, mais la connaissance repart avec le consultant. Former un employé pour qu’il devienne le formateur maison (« Build ») est une dépense d’investissement (CAPEX) : le coût initial peut être plus élevé (formation du formateur), mais la compétence devient un actif permanent pour l’entreprise, réutilisable à volonté.
Le choix dépend de la nature de la compétence. Pour un besoin ponctuel sur une technologie de niche, le consultant est souvent plus rentable. Pour une compétence fondamentale et récurrente (ex: formation à la vente, sécurité machine, logiciel maison), investir dans un formateur interne génère un meilleur ROI à long terme. Le temps que cet employé passe à former d’autres collègues est une dépense de formation 100% admissible, tout comme les honoraires d’un consultant agréé.
Le tableau suivant, basé sur une analyse des pratiques courantes au Québec, synthétise les facteurs de décision clés pour un contrôleur financier.
| Critère | Formateur interne | Consultant externe |
|---|---|---|
| Coût initial | Formation du formateur (10-20k$) | Honoraires par jour (1500-3000$) |
| Coût récurrent | Salaire + temps non productif | Facturation à la journée |
| Transfert de connaissances | Permanent dans l’entreprise | Risque de perte au départ |
| Personnalisation | Excellente (connaissance du contexte) | Moyenne (adaptation requise) |
| Admissibilité loi 1% | 100% si documenté | 100% si formateur agréé |
Excel ou LMS : comment suivre les heures de 200 employés sans devenir fou ?
Pour une entreprise de 20 employés, un fichier Excel bien construit peut suffire à suivre les heures de formation. Mais lorsque l’effectif atteint 100, 200 ou plus, cette approche devient un véritable cauchemar administratif. Le risque d’erreurs, la perte de temps en saisie manuelle et la difficulté à générer des rapports consolidés pour la déclaration annuelle à Revenu Québec explosent. C’est le passage du chaos à l’ordre : de la multiplication des tableurs à la centralisation de l’information. Ce défi concerne un grand nombre d’entreprises, car les dernières données complètes indiquent qu’il y avait 9 589 employeurs assujettis en 2020 au Québec.
L’investissement dans un Système de Gestion de l’Apprentissage (LMS – Learning Management System) n’est plus un luxe, mais une nécessité opérationnelle et financière. Voici pourquoi :

Un LMS n’est pas seulement un catalogue de formations. C’est un outil de conformité et de pilotage financier. Il permet de centraliser toutes les activités de formation (internes, externes, e-learning, compagnonnage), d’automatiser le suivi des heures et des coûts, et de générer en quelques clics les rapports exigés par le gouvernement. Pour un contrôleur financier, le gain est double : une réduction drastique des coûts administratifs liés au suivi et une minimisation du risque d’erreurs de déclaration qui pourraient entraîner des pénalités.
Le coût d’un LMS doit être analysé non pas comme une dépense logicielle, mais comme une assurance contre les erreurs de conformité et un investissement en efficacité administrative. Le temps que le personnel RH ou financier économise en n’ayant plus à courir après les feuilles de présence et à compiler des dizaines de fichiers Excel représente un retour sur investissement rapide et quantifiable.
L’erreur de calcul de la masse salariale qui déclenche une cotisation au Fonds des services
L’erreur la plus coûteuse concernant la loi du 1% n’est pas de mal documenter une formation, mais de se tromper dans le calcul de la base : la masse salariale assujettie. Une sous-estimation de 100 000$ de votre masse salariale, par exemple, signifie que vous pensez devoir investir 1000$ de moins que votre obligation réelle. Si vous ne comblez pas cet écart, ce montant sera directement versé au Fonds des services de l’emploi, sans aucun bénéfice pour votre entreprise. C’est une perte sèche. Par exemple, comme le souligne une analyse, pour une entreprise avec une masse salariale de 3 000 000$, l’obligation est de 30 000$. Une erreur de 5% sur la masse salariale (150 000$) représente 1500$ qui partent directement en cotisation si l’investissement n’est pas ajusté.
Le calcul de la masse salariale va bien au-delà des salaires de base. C’est un agrégat complexe qui doit inclure de nombreux éléments souvent oubliés. Une collaboration étroite entre le département des ressources humaines et le département financier est cruciale pour s’assurer que toutes les composantes sont prises en compte. Omettre un de ces éléments est la voie la plus directe vers un redressement.
Pour éviter cet écueil, il est impératif de valider que votre calcul inclut bien toutes les rémunérations et avantages imposables. Selon une checklist fournie par des experts comptables comme BDO Canada, les éléments fréquemment oubliés qui doivent être intégrés sont :
- Les avantages imposables (comme l’utilisation d’une automobile de fonction ou un logement fourni)
- Les pourboires déclarés et les gratifications
- Les indemnités de vacances et les paiements pour jours fériés
- Les commissions et les bonis de performance versés durant l’année
- Les options d’achat d’actions exercées par les employés
- Les allocations de déplacement qui sont considérées comme imposables
- Les primes d’assurance collective payées par l’employeur
Un audit annuel de la méthode de calcul de la masse salariale n’est pas une précaution excessive ; c’est une diligence financière raisonnable pour éviter une pénalité inutile et garantir que chaque dollar investi en formation l’est sur une base de calcul juste et défendable.
Pourquoi former vos employés sur un logiciel qu’ils n’utilisent pas est une double perte ?
Former des employés sur un nouveau système ERP ou CRM des mois avant son déploiement effectif est une erreur classique qui engendre une double perte financière. La première perte est directe : le coût de la formation (honoraires du formateur, salaires des employés immobilisés). La seconde est plus insidieuse : la perte quasi totale de la compétence acquise due à la courbe de l’oubli. Sans application pratique immédiate, un employé oublie jusqu’à 75% de ce qu’il a appris en moins d’une semaine. L’entreprise paie donc pour une formation qui ne sera pas retenue et devra probablement payer à nouveau pour un « rafraîchissement » au moment du lancement.
La solution à ce gaspillage est l’adoption d’une approche de formation synchronisée, ou « Just-in-Time Learning ». Ce principe, comme le mentionne Mathieu Halle, expert en formation numérique, aligne l’apprentissage sur le besoin opérationnel immédiat.
Le principe du ‘Just-in-Time Learning’ permet d’aligner l’acquisition de compétences avec le calendrier de déploiement réel du projet pour garantir une adoption maximale.
– Mathieu Halle, La Fusée – Expert en formation numérique agréé CPMT
Cette synchronisation a un impact direct sur l’engagement et l’efficacité. Lorsque les employés voient l’utilité immédiate de ce qu’ils apprennent, leur motivation et leur rétention d’information augmentent de façon spectaculaire. C’est un facteur clé pour le succès de tout projet de transformation numérique. Des études sectorielles, comme celle citée par Business and Industry Canada, montrent jusqu’à 3,5 fois plus d’engagement des employés dans les entreprises qui déploient une stratégie de formation numérique complète et bien intégrée. Bien que cette donnée ne soit pas spécifiquement québécoise, elle illustre un principe universel d’apprentissage.
D’un point de vue financier, cela signifie que le budget du 1% est utilisé de manière optimale. Au lieu de financer une connaissance théorique qui s’évapore, il finance une compétence pratique qui est immédiatement appliquée, générant un retour sur investissement dès le premier jour d’utilisation du nouveau système. Le rôle du contrôleur financier est donc de questionner le calendrier de formation par rapport au calendrier de déploiement pour s’assurer que ces deux plannings sont parfaitement alignés.
Coût du casque vs coût de l’arrêt machine : quand la VR devient-elle rentable ?
L’intégration de technologies immersives comme la Réalité Virtuelle (VR) dans les plans de formation peut sembler être un coût prohibitif, réservé aux grandes entreprises. Cependant, pour un contrôleur financier, la décision d’investir doit se baser sur un calcul de retour sur investissement (ROI) simple : le coût de l’inaction est-il supérieur au coût de l’action ? Le coût de la VR est tangible : casques, licences logicielles, développement de modules. Mais le coût de la non-compétence est souvent beaucoup plus élevé, bien que moins visible.
Dans le secteur manufacturier, par exemple, le coût d’un arrêt de machine non planifié peut se chiffrer en milliers, voire dizaines de milliers de dollars par heure. Imaginons un scénario : une machine critique tombe en panne. Un technicien junior, formé de manière traditionnelle, met en moyenne 4 heures à diagnostiquer et réparer le problème. Un technicien formé en VR sur des simulations ultra-réalistes de pannes complexes met 2 heures. Si le coût de l’arrêt machine est de 5 000$ de l’heure, l’économie est de 10 000$ pour chaque incident.
Le calcul du point de rentabilité devient alors évident. Si un investissement de 30 000$ dans un programme de formation en VR permet d’éviter ne serait-ce que trois pannes de ce type par an, l’investissement est rentabilisé dès la première année. De plus, cet investissement est une dépense de formation admissible au sens de la loi sur les compétences. L’entreprise utilise donc son budget obligatoire pour financer un projet qui réduit directement ses coûts opérationnels.
La VR devient rentable non pas quand le prix des casques baisse, mais quand l’entreprise identifie un « point de douleur » opérationnel (temps d’arrêt, erreurs de production, accidents de travail) dont le coût est significativement supérieur à celui de la solution de formation immersive. C’est une analyse de risque et d’opportunité purement financière.
Quand le départ d’un expert impose une nouvelle stratégie de formation
Ce titre, en apparence déconnecté, pointe vers un risque financier majeur pour toute entreprise : la perte de connaissance tacite lors du départ à la retraite ou du changement de carrière d’un employé clé. Cet expert, souvent l’ancien « patron » d’un département ou d’une ligne de production, détient des décennies de savoir-faire non documenté. Son départ crée un vide de compétences qui peut paralyser une équipe, réduire la qualité ou ralentir la production. Attendre son départ pour réagir est une erreur coûteuse.
La loi sur les compétences offre un cadre financier pour mitiger ce risque de manière proactive. L’obligation du 1% peut et doit être utilisée pour financer un programme structuré de transfert de connaissances avant le départ de l’expert. Ce n’est plus une simple « formation », mais une stratégie de gestion du patrimoine intellectuel de l’entreprise. Concrètement, cela signifie mettre en place un programme de mentorat ou de compagnonnage où l’expert passe une partie de son temps (par exemple, 10% de ses heures de travail sur sa dernière année) à former formellement un ou plusieurs successeurs.
Du point de vue du contrôleur financier, l’opération est doublement gagnante. Premièrement, le salaire de l’expert pour les heures passées à former, ainsi que le salaire des apprenants, sont des dépenses de formation admissibles qui contribuent à atteindre le 1%. L’entreprise utilise donc un budget obligatoire pour financer une activité de gestion des risques. Deuxièmement, cela évite les coûts bien plus élevés associés à une perte de compétence soudaine : recrutement d’un remplaçant externe coûteux, courbe d’apprentissage lente, erreurs de production et perte de contrats.
Le départ d’un pilier de l’entreprise ne doit pas être vu comme une fin, mais comme le déclencheur d’un projet de formation stratégique. C’est le moment idéal pour transformer l’obligation légale en une police d’assurance pour la continuité des opérations.
À retenir
- L’objectif n’est pas de dépenser 1% de la masse salariale, mais d’investir ce montant pour obtenir un retour mesurable en productivité, qualité ou réduction des risques.
- Le plus grand gisement d’optimisation réside dans la structuration et la documentation des formations informelles déjà existantes, comme le compagnonnage, pour les rendre admissibles.
- Le véritable ROI d’une formation se mesure en comparant son coût au coût de la non-compétence (erreurs, arrêts de production, perte de clients, accidents de travail).
Comment transformer un préposé aux bénéficiaires en opérateur de machine industrielle ?
Ce scénario peut sembler extrême, mais il incarne l’essence même d’une stratégie de formation réussie : la mobilité interne et le « upskilling » comme réponse à la pénurie de main-d’œuvre. Plutôt que de chercher à l’externe un opérateur de machine qualifié, une ressource rare et coûteuse, une entreprise peut décider d’investir dans le potentiel d’un employé loyal et motivé, même s’il vient d’un secteur totalement différent. C’est l’exemple ultime du retour sur investissement de la formation.
D’un point de vue financier, comparons les deux options. Le recrutement externe d’un opérateur qualifié implique des coûts élevés : honoraires d’une firme de recrutement (souvent 20-25% du salaire annuel), temps passé par les gestionnaires en entrevues, et une période d’intégration plus longue pour s’adapter à la culture d’entreprise. On parle facilement d’un coût de 15 000$ à 20 000$ avant même que l’employé soit pleinement productif.
Maintenant, analysons l’option de la formation interne. Le plan pour transformer un préposé motivé pourrait inclure :
- Des modules de e-learning sur la sécurité en usine et les principes mécaniques de base.
- Un programme de compagnonnage intensif de 80 heures avec un opérateur senior.
- Des sessions sur un simulateur ou en réalité virtuelle pour s’exercer sans risque.
- Une certification interne après validation des compétences.
Le coût total de ce programme (salaires de l’apprenant et du formateur pendant les heures dédiées, coût des licences logicielles) pourrait s’élever à environ 8 000$ – 10 000$. L’intégralité de cette somme est admissible dans le cadre de la loi sur les compétences. L’entreprise économise donc non seulement sur les coûts de recrutement, mais elle utilise son budget de formation obligatoire pour le faire. Le double gain est évident : un coût d’acquisition de la compétence réduit de moitié et la fidélisation d’un employé qui voit une réelle perspective de carrière. C’est la transformation d’une « taxe » en un puissant outil de gestion des talents et de compétitivité.
Pour passer de la théorie à la pratique, l’étape suivante consiste à réaliser un audit de vos activités de formation actuelles. Identifiez et chiffrez toutes les heures de mentorat, de coaching et d’accompagnement informel pour révéler les dépenses déjà admissibles que vous ne comptabilisez pas encore. C’est le premier pas pour transformer votre obligation légale en un avantage financier.