
L’acceptabilité sociale d’un projet énergétique au Québec ne se décrète pas par une autorisation du BAPE ; elle se construit par une ingénierie relationnelle proactive, bien avant toute annonce publique.
- Le succès dépend moins de la robustesse du dossier technique que de la qualité du capital relationnel bâti avec l’écosystème local.
- La stratégie gagnante consiste à transformer les redevances en partenariats de valeur et les contraintes réglementaires en opportunités de co-construction.
Recommandation : Auditez votre projet du point de vue des parties prenantes locales avant même de tracer la première ligne sur une carte, afin de préempter les controverses plutôt que d’y réagir.
Votre projet énergétique est techniquement impeccable, son plan d’affaires est solide et il répond à un besoin criant de transition énergétique. Pourtant, il se heurte à un mur invisible, mais bien réel : le syndrome « pas dans ma cour ». Les réunions d’information tournent au vinaigre, l’opposition se structure sur les réseaux sociaux et la méfiance s’installe durablement, menaçant des années d’efforts et des millions d’investissements. Cette situation est un classique pour de nombreux promoteurs et MRC au Québec.
Face à cela, les conseils habituels fusent : « il faut communiquer tôt », « offrir des compensations financières » ou « présenter des études d’impact rassurantes ». Si ces actions sont nécessaires, elles sont souvent insuffisantes car elles interviennent de manière réactive, une fois que l’opposition a déjà cristallisé les peurs et les préjugés. Elles traitent les symptômes, mais ignorent la cause profonde du rejet : le sentiment d’être dépossédé d’une décision qui impacte son milieu de vie.
Et si la véritable clé n’était pas de convaincre, mais d’intégrer ? Si le succès de votre projet ne dépendait pas de la solidité de votre dossier soumis au BAPE, mais de la force de votre capital relationnel, construit patiemment des années auparavant ? L’acceptabilité sociale n’est pas une case à cocher, mais un processus continu d’ingénierie sociale et de partenariat stratégique. Il s’agit de passer d’une logique de confrontation, où l’on défend un projet, à une dynamique de co-construction, où l’on bâtit une vision commune.
Cet article vous guidera à travers les étapes cruciales de cette démarche proactive. Nous verrons comment anticiper les processus réglementaires, structurer des ententes qui protègent toutes les parties, objectiver les débats sur les nuisances et transformer votre projet en un véritable levier de développement pour le territoire d’accueil.
Ce guide détaillé vous fournira les clés stratégiques pour naviguer les complexités de l’acceptabilité sociale au Québec. Le sommaire suivant vous donne un aperçu des points essentiels qui seront abordés pour transformer les défis communautaires en opportunités de partenariat durable.
Sommaire : Guide stratégique pour l’acceptation de projets énergétiques au Québec
- Pourquoi préparer votre dossier BAPE deux ans avant l’annonce publique ?
- Location de terres ou servitude : quel contrat protège le mieux le propriétaire foncier ?
- Éolienne et voisinage : à quelle distance réelle le bruit devient-il inaudible ?
- L’erreur de tracé qui traverse un habitat protégé et bloque le projet
- Comment structurer un partenariat public-privé pour que la MRC profite des revenus ?
- Injection réseau ou autonomie : quelles sont les règles d’Hydro-Québec pour les autoproducteurs ?
- Acheter ou louer un terrain industriel près de Bécancour : le bon choix pour vos projets TI
- Comment planifier la sortie du gaz naturel pour votre chauffage industriel d’ici 2030 ?
Pourquoi préparer votre dossier BAPE deux ans avant l’annonce publique ?
La plupart des promoteurs considèrent le processus d’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) comme la ligne de départ de leur communication publique. C’est une erreur stratégique fondamentale. Le BAPE est en réalité l’aboutissement d’un long travail de préparation qui doit commencer au moins 24 mois avant toute annonce officielle. Attendre la phase formelle, c’est laisser le champ libre aux opposants pour installer un narratif de méfiance et de peur. L’enjeu est de taille, car même si le processus complet ne peut dépasser 13 mois selon la loi, ce délai peut paraître une éternité si le projet est embourbé dans la controverse.
L’approche proactive, ou ingénierie de l’acceptabilité, consiste à préparer le terrain social et politique bien en amont. Il s’agit d’identifier les leaders d’opinion, les associations locales, les groupes environnementaux et les citoyens influents pour entamer des consultations informelles et individuelles. L’objectif n’est pas de « vendre » le projet, mais d’écouter, de comprendre les préoccupations et d’intégrer ces retours dans la conception même du projet. Commander des études d’impact à des firmes ou universités québécoises indépendantes et reconnues, avant même que cela ne soit exigé, démontre une volonté de transparence qui désamorce bien des critiques.
Étude de cas : Le succès par l’anticipation de la coopérative Val-Éo
Le projet éolien de 24 MW de la coopérative Val-Éo à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean, est un exemple magistral d’anticipation. L’implication de la communauté a débuté dès 2007, soit trois ans avant le dépôt de la proposition. En 2010, un comité d’évaluation citoyen a été mis sur pied avec la municipalité pour co-construire le projet. Cette démarche collaborative a porté ses fruits : en 2014, au moment de l’évaluation environnementale, aucune demande de consultation publique du BAPE n’a été formulée. Le projet a été autorisé rapidement et offre aujourd’hui les redevances les plus élevées du Québec aux propriétaires et municipalités, démontrant que l’investissement relationnel précoce est le plus rentable.
En parallèle, une stratégie de communication numérique doit être déployée pour occuper l’espace local avec du contenu factuel, positif et pédagogique. En maîtrisant le narratif avant que la controverse n’éclate, vous transformez un processus réglementaire potentiellement conflictuel en une simple formalité administrative validant un consensus déjà établi sur le terrain.
Location de terres ou servitude : quel contrat protège le mieux le propriétaire foncier ?
Le choix du véhicule contractuel pour l’utilisation des terres agricoles ou forestières est bien plus qu’une simple formalité juridique ; c’est le premier acte tangible de votre partenariat avec la communauté. Un contrat perçu comme déséquilibré ou opaque peut anéantir la confiance avant même que la première éolienne ne soit érigée. Au Québec, le bail emphytéotique est souvent privilégié pour sa longue durée (18 à 99 ans), mais il est essentiel de comprendre ses nuances et celles des alternatives comme la servitude pour proposer une entente juste et sécurisante pour le propriétaire foncier.

La clé d’un partenariat de valeur réside dans la co-construction du contrat. Plutôt que d’arriver avec un document standard non négociable, l’approche collaborative consiste à discuter ouvertement des risques et des bénéfices. Il ne s’agit pas seulement de fixer un loyer, mais de structurer une relation à long terme. La transparence sur les droits de chacun, la durée de l’engagement et les conditions de remise en état du site sont des éléments non négociables pour bâtir un capital confiance solide.
Pour le propriétaire, le principal enjeu est la sécurité à long terme. Un bon contrat doit aller au-delà de la simple compensation financière et intégrer des garanties solides, transformant une contrainte potentielle en une opportunité de valorisation de son patrimoine. Le tableau suivant compare les options les plus courantes pour un projet énergétique.
| Type de contrat | Durée | Droits du propriétaire | Avantages | Risques |
|---|---|---|---|---|
| Bail emphytéotique | 18-99 ans | Conserve la propriété | Revenus stables, récupération du terrain après démantèlement | Engagement long terme |
| Bail à construction | 18-99 ans | Conserve la propriété | Obligation de construction par le preneur | Plus contraignant |
| Servitude simple | Variable | Usage limité accordé | Flexibilité maximale | Revenus potentiellement moindres |
Au-delà du choix du type de contrat, ce sont les clauses spécifiques qui feront la différence. Une rémunération hybride (loyer fixe + pourcentage sur les revenus de production), la prise en charge de la taxe foncière par l’exploitant ou l’indexation annuelle du loyer sont des points qui témoignent d’une volonté de partage équitable de la valeur. La clause la plus critique reste cependant celle du démantèlement : exiger qu’une caution soit placée dans une fiducie dès le début du projet est la meilleure protection pour le propriétaire et un signal fort de votre engagement responsable.
Éolienne et voisinage : à quelle distance réelle le bruit devient-il inaudible ?
La question du bruit est systématiquement au cœur des préoccupations et des campagnes d’opposition. La peur des nuisances sonores, souvent alimentée par la désinformation, peut rapidement devenir le point de blocage majeur d’un projet. La meilleure stratégie n’est pas d’esquiver le sujet, mais de le préempter avec des données factuelles, transparentes et issues de sources crédibles. Il est crucial d’objectiver le débat en quittant le terrain de la perception pour celui de la mesure acoustique. Le bruit d’une éolienne moderne n’est pas constant et diminue rapidement avec la distance. En moyenne, le bruit d’une éolienne est estimé entre 30 et 40 dBA à 500 mètres, ce qui équivaut à l’ambiance sonore d’une bibliothèque ou d’une conversation à voix basse. À 1 kilomètre, il tombe à 20 dBA, soit le bruit du vent léger dans les feuilles.
Ces chiffres doivent être mis en perspective avec les normes sanitaires. Les opposants citent souvent la distance réglementaire minimale (généralement 500 mètres en France, mais variable au Québec selon les règlements municipaux) comme une preuve de dangerosité. Or, les autorités sanitaires sont beaucoup plus nuancées. Selon une étude de l’INSPQ, aucun effet néfaste sur la santé n’est reconnu en dessous d’un seuil de 45 dBA, une recommandation alignée sur celle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) depuis 2018. L’INSPQ précise que le dérangement ne concerne qu’une petite portion de la population lorsque ce seuil est dépassé.
La communication doit donc se concentrer sur trois axes :
- La comparaison : Mettre en parallèle le bruit d’une éolienne avec des bruits du quotidien (réfrigérateur, pluie, conversation) pour le démystifier.
- La réglementation : Expliquer clairement les normes en vigueur au Québec et démontrer que le projet les respecte non seulement à la lettre, mais dans leur esprit, en prévoyant des marges de sécurité.
- La topographie : Démontrer, cartes à l’appui, comment le relief naturel, les boisés ou l’orientation des vents peuvent atténuer davantage la propagation du son sur le site spécifique du projet.
En transformant un débat émotionnel en une discussion technique et factuelle, vous retirez l’un des arguments les plus puissants des mains des opposants et rassurez la majorité silencieuse des résidents.
L’erreur de tracé qui traverse un habitat protégé et bloque le projet
L’une des erreurs les plus dommageables, car perçue comme un signe d’amateurisme ou de mépris, est de proposer un tracé initial qui empiète, même de quelques mètres, sur une zone écologiquement sensible. Qu’il s’agisse d’un milieu humide, d’un habitat faunique désigné ou d’un corridor de biodiversité, cette bévue peut instantanément rallier les groupes environnementaux à la cause des opposants et teinter l’ensemble du projet d’une image négative. C’est une erreur qui se paie cher en capital confiance et en délais de projet. Le Ministère de l’Économie du Québec rappelle que pour les projets d’envergure, la procédure d’évaluation permet d’analyser tous ces enjeux, mais un promoteur avisé ne doit pas attendre l’évaluation pour faire preuve de diligence.
La cartographie des contraintes environnementales doit être la toute première étape de la planification, avant même le choix des emplacements potentiels des turbines ou des panneaux solaires. Cela implique de superposer plusieurs couches d’information :
- Les cartes officielles des zones protégées (parcs, réserves, etc.).
- Les données du ministère de l’Environnement sur les milieux humides et hydriques.
- Les inventaires d’espèces à statut précaire connus dans la région.
- Les schémas d’aménagement des MRC, qui identifient souvent des zones d’intérêt écologique local.
Cette analyse exhaustive permet de définir des zones d’exclusion claires dès le départ. Présenter une carte préliminaire où ces zones sont visiblement sanctuarisées est un message puissant envoyé à la communauté : votre première priorité est le respect de l’environnement local.

L’approche stratégique va même plus loin : il ne s’agit pas seulement d’éviter les zones sensibles, mais de proposer activement des mesures de bonification. Par exemple, les revenus du projet peuvent financer la restauration d’un autre milieu humide dans la municipalité, ou la création de corridors écologiques pour la faune. Le projet passe alors du statut de « menace potentielle » à celui de « partenaire de la conservation ». Cette démarche proactive transforme une contrainte réglementaire en un argument positif, démontrant que développement énergétique et protection de la biodiversité peuvent non seulement coexister, mais se renforcer mutuellement.
Comment structurer un partenariat public-privé pour que la MRC profite des revenus ?
L’époque où un promoteur pouvait simplement verser des redevances à une municipalité est révolue. Pour garantir une acceptabilité sociale profonde et durable, les communautés, et en particulier les MRC, cherchent désormais à devenir de véritables partenaires du projet. Il ne s’agit plus de recevoir une compensation, mais de partager la valeur créée sur leur territoire. La structuration d’un partenariat public-privé (PPP) équitable est aujourd’hui la forme la plus évoluée d’intégration d’un projet. Elle transforme la MRC d’un simple hôte en un acteur économique investi dans le succès à long terme de l’entreprise.
L’exemple récent du méga-parc éolien de 3000 MW annoncé par Hydro-Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean illustre parfaitement cette nouvelle tendance. Le projet de 9 milliards de dollars est structuré comme un partenariat égalitaire entre Hydro-Québec, deux communautés autochtones et la MRC du Domaine-du-Roy. Ces partenaires locaux ne sont pas des bénéficiaires passifs, mais des actionnaires à part entière, impliqués dans la gouvernance et partageant les risques et les profits. Ce modèle de « partenariat historique » assure une acceptabilité maximale car les retombées économiques irriguent directement le développement local.
Plusieurs modèles de partenariat peuvent être envisagés, chacun avec ses avantages et son niveau d’implication pour la communauté. Le choix dépendra de la capacité d’investissement et de l’appétit pour le risque de la MRC ou des groupes citoyens.
| Modèle | Part MRC/Communauté | Avantages | Gouvernance |
|---|---|---|---|
| Coopérative citoyenne (Val-Éo) | 50% avec investisseurs | Citoyens micro-actionnaires, redevances maximales | Conseil coopératif local |
| Société en commandite | Variable (5-50%) | Risque limité, revenus proportionnels | Commandité gestionnaire |
| Fonds de développement territorial | Redevances dédiées | Financement projets locaux visibles | Comité citoyen |
| Partenariat égalitaire | 33-50% | Contrôle partagé, revenus substantiels | Conseil paritaire |
La clé du succès est d’initier la discussion sur le modèle de partenariat très tôt dans le processus. En proposant différentes options et en étant ouvert à créer une structure sur mesure, le promoteur démontre qu’il ne cherche pas seulement à « utiliser » un territoire, mais à y créer une richesse partagée. Cette approche transforme radicalement la perception du projet : il ne s’agit plus d’un projet « privé » sur un territoire « public », mais d’un projet commun au service du développement régional.
Injection réseau ou autonomie : quelles sont les règles d’Hydro-Québec pour les autoproducteurs ?
Développer un projet éolien ou solaire au Québec avec l’intention de vendre l’énergie sur le réseau principal semble être le modèle d’affaires par défaut. Cependant, la réalité est plus complexe. Hydro-Québec, en situation de monopole, a des besoins spécifiques et des contraintes techniques qui rendent l’accès au réseau loin d’être garanti. Se lancer dans un projet sans avoir un plan B solide est une prise de risque considérable. Pour preuve, selon le CPEQ, 24 projets d’énergie renouvelable ont été refusés par Hydro-Québec en 2023 seulement, souvent en raison de la saturation du réseau de transport dans certaines régions.
Cette incertitude doit pousser les promoteurs et les MRC à penser au-delà du modèle unique de l’injection réseau. L’acceptabilité sociale d’un projet est d’ailleurs renforcée s’il démontre sa capacité à créer de la valeur localement, indépendamment d’une connexion au réseau principal. Un projet qui vise l’autonomie énergétique locale ou qui répond directement aux besoins d’industries du territoire sera perçu comme beaucoup plus pertinent et résilient par la communauté. Il ne s’agit plus d’exporter de l’énergie, mais de sécuriser l’approvisionnement local et de favoriser le développement économique endogène.
L’élaboration de scénarios alternatifs est donc une composante essentielle de la stratégie de dé-risquage et d’acceptabilité. Si la porte d’Hydro-Québec se ferme, quelles autres avenues peuvent assurer la viabilité du projet ? C’est une question à laquelle il faut pouvoir répondre pour rassurer les partenaires financiers, les propriétaires fonciers et la communauté dans son ensemble.
Plan d’action : Stratégies alternatives à l’injection réseau traditionnelle
- Négocier des contrats de vente directs (PPA) : Cibler les grands clients industriels locaux (papetières, alumineries, centres de données) qui cherchent à décarboner leurs opérations et à stabiliser leurs coûts énergétiques à long terme.
- Intégrer du stockage par batterie : Ajouter une capacité de stockage pour vendre l’électricité lors des pointes de consommation hivernales, lorsque la demande et les prix sont au plus haut sur le réseau.
- Créer un micro-réseau local : S’associer avec une municipalité, une communauté autochtone ou un parc industriel pour créer un réseau autonome qui garantit la sécurité d’approvisionnement locale en cas de panne sur le réseau principal.
- Produire de l’hydrogène vert : Orienter la production électrique vers la fabrication d’hydrogène vert pour les industries lourdes ou le transport, créant ainsi un produit à haute valeur ajoutée directement sur le territoire.
- Former une alliance stratégique : Suivre l’exemple d’Innergex et Hydro-Québec en formant une alliance pour répondre à de grands appels d’offres ou développer des projets d’envergure qui s’intègrent dans la planification stratégique du distributeur.
En présentant un projet avec de multiples avenues de développement, vous démontrez non seulement sa robustesse économique, mais aussi sa flexibilité et son ancrage profond dans la réalité économique du territoire. C’est un gage de sérieux qui inspire confiance à toutes les parties prenantes.
Acheter ou louer un terrain industriel près de Bécancour : le bon choix pour vos projets TI
L’un des leviers les plus puissants pour neutraliser le syndrome « Pas dans ma cour » est de positionner votre projet non pas comme une initiative isolée, mais comme une pièce maîtresse d’un projet de développement économique plus large et déjà accepté. S’implanter dans un pôle stratégique reconnu, comme la Vallée de la Transition Énergétique autour de Bécancour, change radicalement la perception du projet. Il n’est plus vu comme une « nuisance » potentielle dans un paysage rural, mais comme une infrastructure essentielle au service d’une ambition industrielle nationale et régionale. Comme le souligne une analyse sectorielle, le choix du lieu est déterminant.
L’intégration d’un projet d’énergie dans un pôle économique stratégique soutenu par le gouvernement est le meilleur antidote au syndrome ‘Pas dans ma cour’
– Analyse sectorielle, Magazine Constas – Parcs éoliens au Québec
Choisir un terrain dans une zone industrielle désignée, particulièrement dans un hub comme celui de Bécancour, offre plusieurs avantages en matière d’acceptabilité sociale. Premièrement, le zonage est déjà acquis. Les débats sur la vocation du territoire ont déjà eu lieu, et la population locale a accepté l’idée d’une activité industrielle à cet endroit. Deuxièmement, la logique du projet devient évidente : il sert à alimenter les futures usines de batteries, les centres de données ou les projets d’hydrogène vert qui sont au cœur de la stratégie économique du Québec. Le projet n’est plus une fin en soi, mais un moyen pour atteindre un objectif collectif de prospérité.
La question d’acheter ou de louer le terrain devient alors une décision purement financière et stratégique plutôt qu’un enjeu d’acceptabilité. L’achat offre une sécurité à très long terme et un contrôle total, mais immobilise un capital important. La location, via un bail emphytéotique par exemple, préserve le capital pour l’investir dans la technologie, tout en garantissant une présence durable. Dans les deux cas, l’intégration dans un écosystème industriel dynamique crée une synergie positive. Votre projet bénéficie de l’élan général et, en retour, renforce l’attractivité du pôle en garantissant un approvisionnement en énergie verte et compétitive. C’est un cercle vertueux qui court-circuite la plupart des oppositions traditionnelles.
Les points essentiels à retenir
- Le succès d’un projet énergétique se joue dans les 24 mois précédant l’annonce publique, par une ingénierie relationnelle proactive.
- Un contrat foncier réussi n’est pas une simple location, mais un partenariat de valeur intégrant des clauses de protection mutuelle et un partage équitable des bénéfices.
- Préempter les controverses sur le bruit ou les refus d’Hydro-Québec avec des données factuelles et des plans alternatifs est crucial pour maintenir la confiance.
- La structure du projet doit évoluer vers un partenariat (coopérative, société en commandite) où la communauté et la MRC deviennent des acteurs investis.
Comment planifier la sortie du gaz naturel pour votre chauffage industriel d’ici 2030 ?
L’argument ultime pour l’acceptabilité d’un projet d’énergie renouvelable est sa capacité à résoudre un problème concret et partagé par la communauté. Au-delà de la production d’électrons verts, votre projet peut devenir le moteur de la transition énergétique locale, notamment pour la sortie progressive du gaz naturel dans le secteur industriel et institutionnel. Alors qu’au Canada, les hydrocarbures représentent encore près de 60% de la consommation d’énergie primaire, proposer une alternative locale, stable et décarbonée est une proposition de valeur extrêmement puissante.
Plutôt que de présenter votre projet comme une simple centrale électrique, positionnez-le comme la pierre angulaire d’un plan de décarbonation territorial. Cette vision permet de mobiliser l’ensemble des acteurs locaux autour d’un objectif commun et positif. Les industries qui dépendent du gaz naturel pour leur chauffage ou leurs procédés voient une solution pour réduire leur empreinte carbone et stabiliser leurs coûts énergétiques. Les municipalités peuvent envisager la conversion de leurs propres bâtiments (arénas, écoles, hôtels de ville) en utilisant une énergie produite localement. Le projet n’est plus une entité étrangère, il devient une infrastructure critique au service de la résilience et de la compétitivité du territoire.
La mise en œuvre de cette vision passe par un plan d’action concret qui démontre les bénéfices directs pour chaque citoyen et chaque entreprise. Il s’agit de flécher une partie des revenus et de la production du projet vers des initiatives de transition visibles et impactantes.
- Proposer des contrats d’achat d’électricité (PPA) long terme aux industries locales pour garantir un prix stable et prévisible, les protégeant de la volatilité des marchés des énergies fossiles.
- Développer un double produit électricité + chaleur, en combinant par exemple l’éolien avec une centrale à la biomasse forestière résiduelle ou à la géothermie pour répondre aux besoins de chauffage.
- Flécher une partie des redevances vers un fonds dédié à la conversion énergétique des bâtiments municipaux et communautaires, rendant les bénéfices du projet visibles pour tous.
- Étudier la faisabilité d’un réseau de chaleur communautaire, alimenté par le projet, qui pourrait desservir des quartiers résidentiels ou des parcs industriels.
- Communiquer agressivement sur les économies concrètes et les bénéfices directs pour chaque citoyen, en traduisant les mégawatts en dollars économisés sur les factures d’énergie ou en services municipaux améliorés.
En devenant la solution à l’un des défis majeurs du 21e siècle, votre projet transcende le débat sur les nuisances pour s’inscrire dans une histoire de progrès et d’avenir durable pour toute une communauté.
Pour transformer ces stratégies en un plan d’action concret et adapté à votre territoire, l’étape suivante consiste à réaliser un diagnostic d’acceptabilité sociale personnalisé, identifiant les parties prenantes, les risques et les opportunités spécifiques à votre projet.
Questions fréquentes sur comment faire accepter votre projet d’énergie renouvelable par les communautés locales ?
À quelle distance le bruit devient-il comparable au bruit ambiant rural?
À partir de 500 mètres, le bruit d’une éolienne, qui se situe entre 30 et 40 décibels (dBA), est généralement équivalent à une conversation à voix basse. À une distance de 1 kilomètre, le niveau sonore chute à environ 20 dBA, ce qui le rend comparable à un vent léger dans les arbres et souvent masqué par le bruit ambiant de la campagne.
Existe-t-il une distance universelle acceptable?
Non, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les diverses agences de santé publique, il n’existe pas de distance séparatrice unique qui serait acceptable pour tous les projets éoliens. L’acceptabilité de la distance dépend des caractéristiques spécifiques de chaque site, comme la topographie, la présence de végétation, le type d’éoliennes utilisées et le niveau de bruit ambiant existant.
Les infrasons des éoliennes sont-ils dangereux?
Non, sur la base des connaissances scientifiques actuelles, les principales agences sanitaires comme l’ANSES en France et l’INSPQ au Québec confirment qu’il n’y a pas de preuve d’effets néfastes sur la santé liés aux infrasons émis par les éoliennes. Les niveaux d’infrasons mesurés à proximité des parcs éoliens sont généralement inférieurs à ceux produits par des sources naturelles (vent, vagues) ou même par notre propre corps (battements cardiaques).