
Vos tableaux de bord sont remplis de données sur le passé, mais peinent à éclairer l’avenir. Le défi n’est plus de collecter des données, mais de les transformer en décisions proactives. Cet article démystifie l’analyse prédictive en la présentant non pas comme une technologie complexe réservée aux géants, mais comme la prochaine étape logique et accessible de votre maturité analytique. Vous découvrirez une discipline rigoureuse pour transformer vos données historiques en un avantage concurrentiel tangible, vous permettant de piloter votre entreprise en regardant vers l’avant, et non plus dans le rétroviseur.
En tant que directeur de l’intelligence d’affaires ou analyste, votre quotidien est rythmé par les tableaux de bord. Ventes du trimestre passé, taux de roulement de l’année, performance des machines… Ces indicateurs, bien qu’essentiels, partagent un point commun : ils décrivent ce qui s’est déjà produit. Vous êtes au volant d’une voiture performante, mais vous ne pilotez qu’en regardant dans le rétroviseur. Cette approche descriptive, ou analytique, est la base de toute stratégie de données, mais elle atteint rapidement ses limites dans un marché où l’agilité est reine.
Pendant que vous analysez les causes d’une baisse des ventes le mois dernier, vos concurrents sont peut-être déjà en train d’ajuster leurs stocks pour répondre à une demande qu’ils ont anticipée. La frustration de réagir constamment aux événements passés, plutôt que de les devancer, est un sentiment partagé par de nombreux décideurs. Vous avez les données, mais vous manquez de la vision prospective pour en extraire la pleine valeur. Et si la véritable clé n’était plus de comprendre le « pourquoi c’est arrivé », mais de répondre avec confiance à la question : « que va-t-il se passer ensuite ? »
C’est précisément la promesse de l’analyse prédictive. Loin d’être une boule de cristal magique, c’est une discipline scientifique et une évolution naturelle de votre maturité analytique. Elle utilise vos données historiques pour identifier des schémas, comprendre des tendances et construire des modèles capables de prévoir des événements futurs avec un degré de probabilité élevé. Cet article n’est pas un catalogue d’outils complexes. C’est un guide stratégique pour vous, décideur canadien, qui souhaitez faire passer votre entreprise du mode réactif au mode proactif. Nous allons décomposer ce qui sépare l’analyse descriptive du prédictif, explorer ses applications concrètes dans les ventes, les RH et la maintenance, et surtout, montrer comment une PME peut se doter de cette expertise cruciale.
Cet article vous guidera à travers les étapes concrètes pour transformer vos données en un véritable moteur de décision stratégique. Le sommaire ci-dessous vous donne un aperçu des domaines que nous allons explorer pour vous aider à maîtriser cet avantage concurrentiel.
Sommaire : De la donnée brute à l’intelligence prédictive : un guide pour PME
- Les 4 niveaux de maturité de l’analyse de données : où se situe votre entreprise ?
- Prévoir vos ventes avec la précision d’un météorologue : le guide de l’analyse prédictive pour les ventes
- Anticiper les démissions avant qu’elles n’arrivent : l’analyse prédictive au service des RH
- Comment fonctionne un algorithme prédictif ? Les 3 grands types d’algorithmes expliqués simplement
- Comment se doter d’une expertise en analyse de données quand on est une PME ?
- La maintenance prédictive : prédire les pannes avant qu’elles n’arrivent et dire adieu aux arrêts non planifiés
- Au-delà de la conformité CNESST : la prévention des risques par l’analyse prédictive
- L’intelligence industrielle : comment transformer les données de votre usine en or numérique
Les 4 niveaux de maturité de l’analyse de données : où se situe votre entreprise ?
Passer à l’analyse prédictive n’est pas un interrupteur que l’on actionne, mais plutôt une ascension à travers différents paliers de maturité analytique. Comprendre où se situe votre organisation est la première étape pour tracer une feuille de route réaliste. Alors que près de 14,5% des entreprises canadiennes prévoient adopter l’IA, beaucoup naviguent encore dans les premiers niveaux de maturité. Chaque niveau répond à une question fondamentale et possède ses propres implications, notamment en matière de conformité légale au Canada.
Les quatre niveaux de maturité analytique sont :
- Niveau 1 : Descriptif (Que s’est-il passé ?). C’est le point de départ de la majorité des entreprises. Vous utilisez des données historiques pour créer des rapports et des tableaux de bord qui résument le passé. C’est le rétroviseur de votre voiture.
- Niveau 2 : Diagnostique (Pourquoi est-ce arrivé ?). À ce stade, vous commencez à creuser pour comprendre les causes des événements passés. Vous corrélez des données pour identifier les raisons d’une hausse des ventes ou d’une baisse de productivité.
- Niveau 3 : Prédictif (Que va-t-il se passer ?). C’est le grand saut vers l’avenir. Ici, vous utilisez des techniques statistiques et des algorithmes de machine learning pour prévoir des résultats futurs. C’est votre GPS qui anticipe le trafic.
- Niveau 4 : Prescriptif (Que devrions-nous faire ?). Le summum de la maturité. Non seulement le système prédit ce qui va arriver, mais il recommande également les actions à entreprendre pour optimiser le résultat.
Cette montée en maturité n’est pas seulement technologique ; elle est aussi réglementaire. Chaque niveau implique une utilisation plus sophistiquée des données, ce qui appelle à une gouvernance plus stricte pour se conformer aux lois comme la Loi 25 au Québec et la LPRPDE au niveau fédéral. Plus vous avancez vers le prédictif et le prescriptif, plus les notions de transparence des algorithmes et d’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (ÉFVP) deviennent critiques.
Votre plan d’action pour évaluer votre maturité analytique
- Points de contact (Descriptif) : Listez tous vos rapports actuels (ventes, RH, production). Utilisent-ils uniquement des données historiques pour décrire le passé ? C’est le cas pour la majorité des PME, dont 65,9% ont vu leurs ventes croître entre 2021 et 2023 et cherchent maintenant à analyser ce succès.
- Collecte (Diagnostique) : Inventoriez les analyses où vous avez tenté d’expliquer une performance. Avez-vous croisé des données de ventes avec des campagnes marketing ? C’est la démarche de près de 49,3% des PME qui cherchent un financement externe et doivent justifier leurs performances passées.
- Cohérence (Prédictif) : Confrontez vos ambitions aux données disponibles. Avez-vous les séries temporelles nécessaires pour anticiper vos besoins futurs, comme les 72,6% de PME qui prévoient une croissance et doivent planifier leurs ressources ?
- Mémorabilité (Prescriptif) : Repérez les décisions répétitives qui pourraient être automatisées. La gestion des stocks ou la tarification dynamique sont-elles basées sur des règles fixes ou pourraient-elles être optimisées par une IA ?
- Plan d’intégration : Identifiez le premier cas d’usage prédictif à faible risque et à forte valeur (ex: prévision de la demande pour un produit phare) et définissez les données nécessaires pour le lancer.
Évaluer honnêtement votre position sur cette échelle est fondamental. Cela vous évitera de vouloir courir avant de savoir marcher et vous permettra de construire une stratégie de données solide, étape par étape.
Prévoir vos ventes avec la précision d’un météorologue : le guide de l’analyse prédictive pour les ventes
L’application la plus immédiate et la plus rentable de l’analyse prédictive pour une PME est sans doute la prévision des ventes. Gérer les stocks de manière optimale, planifier les effectifs et allouer les budgets marketing à l’aveugle est un pari risqué. Le prédictif transforme cette conjecture en une science, en utilisant vos données de ventes passées, croisées avec des variables externes, pour modéliser la demande future.
Le principe est de dépasser la simple projection linéaire (« nous avons vendu 10% de plus l’an dernier, donc nous vendrons 10% de plus cette année »). Un modèle prédictif de ventes intègre une multitude de facteurs :
- La saisonnalité : les pics de ventes liés aux Fêtes, aux vacances ou aux saisons.
- Les tendances du marché : des changements de comportement des consommateurs.
- Les actions marketing : l’impact d’une promotion ou d’une campagne publicitaire.
- Les facteurs externes : la météo, des événements locaux, ou même des indicateurs macro-économiques comme l’indice de confiance des consommateurs.
L’objectif est de construire un modèle qui apprend de ces variables pour générer des prévisions fiables à différents horizons : court terme (pour la gestion des stocks de la semaine prochaine), moyen terme (pour la planification trimestrielle) et long terme (pour la stratégie annuelle). Pour les PME canadiennes du secteur du détail, par exemple, cette approche est un levier de croissance majeur.
Étude de cas : l’anticipation de la demande dans le commerce de détail canadien
De nombreuses PME canadiennes du commerce de détail s’appuient sur les données publiques de Statistique Canada pour enrichir leurs modèles prédictifs. En croisant leurs propres historiques de ventes avec les indices de confiance des consommateurs et les données démographiques provinciales, elles affinent leur anticipation de la demande. Cette approche a permis à 8,2% de ces entreprises de connaître une croissance annuelle de plus de 20%, notamment grâce à une meilleure planification des stocks saisonniers et à un ciblage marketing plus pertinent.

Comme le montre cette visualisation, un analyste peut interagir avec des modèles pour simuler différents scénarios et comprendre les impacts potentiels sur les ventes. Le résultat est une gestion de la chaîne d’approvisionnement plus agile, une réduction des coûts liés au surstockage ou aux ruptures, et une augmentation de la satisfaction client. L’analyse prédictive ne garantit pas une précision de 100%, tout comme un bulletin météo, mais elle fournit l’estimation la plus probable, vous permettant de prendre des décisions bien plus éclairées qu’en vous basant uniquement sur l’intuition.
En fin de compte, prévoir ses ventes avec précision, c’est se donner les moyens de piloter son navire en regardant l’horizon, et non plus seulement le sillage.
Anticiper les démissions avant qu’elles n’arrivent : l’analyse prédictive au service des RH
Dans le contexte canadien actuel de pénurie de main-d’œuvre, la rétention des talents est devenue un enjeu stratégique majeur, particulièrement pour les PME qui constituent l’épine dorsale de l’économie. Saviez-vous que, selon les données gouvernementales, 98% des entreprises employeurs sont des PME, employant 9,5 millions de personnes au pays ? Chaque démission non anticipée représente non seulement un coût financier (recrutement, formation), mais aussi une perte de savoir-faire et une potentielle déstabilisation des équipes.
L’analyse prédictive offre une approche proactive à la gestion des ressources humaines. Au lieu d’attendre l’entretien de départ pour comprendre les raisons d’une démission, les modèles prédictifs permettent d’identifier les employés « à risque » de quitter l’entreprise. Ces modèles analysent une multitude de données RH anonymisées pour détecter des signaux faibles :
- Facteurs professionnels : stagnation salariale, absence de promotion, distance domicile-travail, nombre d’heures supplémentaires.
- Facteurs d’engagement : baisse de participation aux formations, faible utilisation des avantages sociaux, résultats des sondages de satisfaction.
- Facteurs managériaux : fréquence des changements de manager, taille de l’équipe.
- Facteurs externes : attractivité du marché du travail dans un secteur ou une région donnée.
L’objectif n’est pas de « fliquer » les employés, mais de comprendre les causes profondes de l’attrition (le « churn » RH) pour agir en amont. Comme le souligne un rapport d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada, le contexte local est un facteur déterminant.
L’analyse prédictive permet d’identifier les facteurs de risque de démission spécifiques au marché du travail local, notamment le coût de la vie par grande ville et la concurrence accrue dans certains secteurs.
– Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Rapport sur les PME 2024
En identifiant un groupe d’employés présentant un profil de risque élevé, le département RH peut mettre en place des actions ciblées et préventives : proposer un plan de développement de carrière, ouvrir une discussion sur la flexibilité du travail, ou encore ajuster un plan de rémunération. C’est une démarche beaucoup plus efficace et humaine que de tenter de retenir un talent qui a déjà pris sa décision. Le pilotage proactif des talents devient alors une réalité.
En somme, l’analyse prédictive transforme la gestion des talents d’une fonction réactive à une fonction stratégique, alignée sur la pérennité et la croissance de l’entreprise.
Comment fonctionne un algorithme prédictif ? Les 3 grands types d’algorithmes expliqués simplement
Derrière le terme « analyse prédictive » se cachent des algorithmes, des moteurs mathématiques qui apprennent à partir des données. Pour le stratège, il n’est pas nécessaire de devenir un expert en codage, mais il est crucial de comprendre les grands principes de fonctionnement de ces outils pour poser les bonnes questions et interpréter correctement les résultats. Il existe trois grandes familles d’algorithmes prédictifs, chacun répondant à un type de question différent.
Le Canada, avec son écosystème d’IA dynamique, est à la pointe de la recherche dans ces domaines. Comme le note une analyse de l’Université Stanford, le Canada se classe au 5e rang mondial et 3e parmi les pays du G7 en R&D en IA, avec des pôles d’excellence comme Mila à Montréal, le Vector Institute à Toronto et Amii à Edmonton. Cette expertise se traduit par des applications concrètes de ces algorithmes.
Voici les trois types principaux, expliqués avec des exemples canadiens pour une démystification complète :
- 1. Les algorithmes de régression (Prédire une valeur numérique) : Ces algorithmes sont utilisés lorsque vous voulez prédire un nombre continu. La question est « Combien ? ». Ils analysent les relations entre différentes variables pour estimer une valeur future.
- Exemple concret : Prédire les ventes de Timbits chez Tim Hortons pour la prochaine heure en se basant sur l’heure de la journée, le jour de la semaine, la température extérieure et les promotions en cours.
- 2. Les algorithmes de classification (Prédire une catégorie) : Ici, l’objectif est de prédire à quelle catégorie appartient un élément. La question est « Lequel ? » ou « Est-ce que… ? ». C’est l’un des types les plus courants, utilisé pour la détection de fraude, l’analyse de sentiment ou la prédiction de churn.
- Exemple concret : Déterminer si un client de la SAQ (Québec) ou de la LCBO (Ontario) est plus susceptible d’acheter un vin local ou un vin importé, en fonction de son historique d’achat, de son âge et de sa localisation.
- 3. Les algorithmes de clustering (Regrouper par similarité) : Contrairement aux deux autres, le clustering est une méthode « non supervisée ». L’algorithme n’a pas de réponse à prédire, mais doit trouver des groupes naturels (des « clusters ») dans vos données. La question est « Quels sont les groupes ? ». C’est très utile pour la segmentation de la clientèle.
- Exemple concret : Segmenter les clients d’un grand détaillant canadien en groupes homogènes en fonction de leurs comportements d’achat, de leurs préférences linguistiques (français/anglais) et de leur région, afin de personnaliser les campagnes marketing.
Choisir le bon type d’algorithme pour votre problème d’affaires est la première étape pour vous assurer que les « prédictions » de votre système seront non seulement précises, mais surtout pertinentes et exploitables.
Comment se doter d’une expertise en analyse de données quand on est une PME ?
L’un des principaux freins à l’adoption de l’analyse prédictive par les PME est la perception qu’elle nécessite des équipes de « data scientists » et des investissements hors de portée. Si le défi est réel, l’écosystème canadien offre de nombreuses solutions pour surmonter cet obstacle. Il n’est pas nécessaire de tout construire à l’interne dès le premier jour. Une approche progressive est la clé du succès.
Plusieurs stratégies s’offrent à vous :
- La formation interne : Investir dans la montée en compétences de vos analystes actuels. Des plateformes en ligne aux certifications universitaires, les options sont nombreuses pour former vos équipes aux bases de la science des données et à l’utilisation d’outils plus avancés.
- L’embauche stratégique : Recruter un premier expert en données (analyste de données senior ou scientifique des données junior) qui pourra jeter les bases de votre pratique analytique.
- L’externalisation et le partenariat : Collaborer avec des firmes de consultants spécialisés ou des pigistes pour un premier projet. Cela permet d’obtenir des résultats rapides, de prouver la valeur du prédictif et de bénéficier d’un transfert de compétences.
- L’utilisation de plateformes « low-code/no-code » : De plus en plus d’outils permettent de construire des modèles prédictifs simples via des interfaces graphiques, rendant la technologie plus accessible aux analystes d’affaires.
Surtout, les PME canadiennes ne sont pas seules. Le gouvernement et des organismes dédiés ont mis en place un puissant écosystème pour soutenir cette transition. Dans le cadre de son budget 2024, le gouvernement canadien investit 2,4 milliards $ pour renforcer la capacité du pays en matière d’IA. Cet investissement massif irrigue tout un réseau de soutien aux entreprises. Par exemple, le programme PARI CNRC (Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada) dispose d’une enveloppe de 100 millions de dollars spécifiquement pour aider les PME à adopter et à intégrer l’IA. De son côté, la supergrappe d’intelligence artificielle Scale AI, basée à Montréal, a déjà contribué à créer plus de 4 000 emplois et vise à générer 9 milliards de dollars de valeur économique d’ici 2030 en aidant les entreprises à intégrer l’IA dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Cette image symbolise la convergence des talents au sein d’une PME pour s’approprier l’intelligence des données. L’accès à l’expertise n’est plus un obstacle insurmontable, mais une question de stratégie et de connexion avec le bon partenaire ou le bon programme de financement. L’écosystème canadien est conçu pour vous aider à franchir le pas.
La question n’est donc plus « Puis-je me le permettre ? », mais plutôt « Quelle est la meilleure approche pour commencer mon parcours prédictif dès maintenant ? ».
La maintenance prédictive : prédire les pannes avant qu’elles n’arrivent et dire adieu aux arrêts non planifiés
Pour les entreprises des secteurs manufacturier, minier, ou logistique, un arrêt de production non planifié est un véritable cauchemar. Il entraîne des coûts directs (réparation, remplacement) et indirects (perte de production, retards de livraison, pénalités contractuelles). La maintenance a longtemps suivi deux logiques : la maintenance corrective (on répare quand ça casse) et la maintenance préventive (on remplace les pièces à intervalles fixes, qu’elles soient usées ou non). La maintenance prédictive (ou prévisionnelle) représente une révolution dans ce domaine.
Le principe consiste à utiliser des données collectées en temps réel par des capteurs (IoT – Internet des objets) sur les équipements pour prédire le moment optimal pour une intervention. Ces capteurs mesurent des variables comme la température, les vibrations, la pression ou la consommation d’énergie. Un algorithme prédictif, entraîné sur l’historique de fonctionnement et de pannes de la machine, apprend à reconnaître les « signatures » d’une défaillance imminente.
Lorsqu’il détecte une anomalie ou une tendance inquiétante, le système envoie une alerte bien avant que la panne ne se produise. Cela permet de planifier l’intervention de maintenance au moment le plus opportun, en dehors des heures de production, et de ne commander que les pièces nécessaires. Les bénéfices sont considérables. Selon des données du secteur, la maintenance prédictive peut entraîner une réduction jusqu’à 50% des temps d’arrêt imprévus, une diminution de 10% à 40% des coûts de maintenance et une augmentation de la durée de vie des équipements.
Étude de cas : la maintenance prédictive dans le secteur minier canadien
Dans les conditions extrêmes du secteur minier canadien, l’immobilisation d’un camion ou d’une excavatrice peut coûter des centaines de milliers de dollars par jour. Des sociétés minières, notamment en Ontario où le secteur représente 11 milliards de dollars d’activité, déploient des solutions de maintenance prédictive. Des capteurs sur les équipements lourds transmettent des données en continu à des modèles d’IA qui anticipent les défaillances des moteurs ou des systèmes hydrauliques. Cela permet non seulement d’optimiser la production, mais aussi d’améliorer considérablement la sécurité des opérateurs en prévenant les bris catastrophiques.
La maintenance prédictive transforme ainsi un centre de coûts en un levier de performance opérationnelle et de fiabilité, un avantage concurrentiel décisif dans l’industrie 4.0.
Au-delà de la conformité CNESST : la prévention des risques par l’analyse prédictive
La gestion de la santé et de la sécurité au travail (SST) est souvent perçue sous l’angle de la conformité réglementaire, notamment avec des organismes comme la CNESST au Québec. Si la conformité est un prérequis non négociable, une approche véritablement stratégique vise à aller au-delà : prévenir les accidents avant qu’ils ne surviennent. L’analyse prédictive est un outil puissant pour transformer la SST d’une démarche réactive (analyser un accident après coup) à une démarche proactive.
L’idée est de collecter et d’analyser des données provenant de diverses sources pour identifier les situations à haut risque. Il ne s’agit plus seulement de réagir à un accident, mais d’anticiper les conditions qui pourraient y mener. Les données exploitables sont nombreuses :
- Les rapports de quasi-accidents (« near misses ») : Souvent sous-utilisés, ces rapports sont une mine d’or pour comprendre les failles de sécurité.
- Les données des équipements (IoT) : Des capteurs peuvent détecter des conditions dangereuses (ex: une machine qui surchauffe, une fuite de gaz).
- Les données opérationnelles : Des cadences de production trop élevées, un manque de personnel sur une ligne, ou des heures supplémentaires excessives peuvent être des indicateurs de risque accru.
- L’historique des incidents : L’analyse des accidents passés permet de modéliser les facteurs récurrents (heure de la journée, type de tâche, niveau d’expérience de l’employé).
En agrégeant ces informations, un modèle prédictif peut calculer un « score de risque » en temps réel pour une zone de l’usine, une équipe ou une tâche spécifique. Cela permet aux responsables SST de concentrer leurs efforts là où le danger est le plus probable. Par exemple, le système pourrait alerter qu’une combinaison de fatigue de l’équipe, de chaleur excessive et d’utilisation d’une machine vieillissante crée un pic de risque à un poste de travail donné.
Cette approche permet non seulement de réduire le nombre d’accidents et de préserver le bien-être des employés, mais elle constitue aussi un dossier extrêmement solide en cas d’inspection ou de litige. Démontrer que l’entreprise a mis en place des mesures proactives basées sur une analyse rigoureuse des risques va bien au-delà de la simple conformité. Cela témoigne d’une véritable culture de la sécurité. La prévention active, documentée et basée sur les données, est la meilleure défense qui soit.
Investir dans la SST prédictive, c’est investir dans le capital le plus précieux de l’entreprise : son personnel.
À retenir
- L’analyse prédictive est une évolution naturelle de la maturité analytique, transformant les données passées en intelligence pour l’avenir.
- Ses applications sont concrètes et génèrent un retour sur investissement mesurable dans les ventes, les RH et les opérations industrielles.
- L’écosystème canadien (PARI CNRC, Scale AI) rend cette technologie accessible aux PME, qui n’ont plus à considérer l’expertise comme un obstacle.
L’intelligence industrielle : comment transformer les données de votre usine en or numérique
L’intelligence industrielle, ou l’Industrie 4.0, est la convergence du monde physique de la production avec le monde numérique de la donnée. Pour une PME manufacturière, cela signifie que chaque machine, chaque processus et chaque produit peut devenir une source d’information précieuse. L’analyse prédictive est le cerveau qui permet de transformer ce flux de données brutes en « or numérique », c’est-à-dire en décisions qui optimisent la performance, réduisent les coûts et créent de la valeur.
Nous avons déjà abordé la maintenance prédictive, mais l’intelligence industrielle va plus loin. Elle englobe toute la chaîne de valeur. Un concept clé de cette transformation est le « jumeau numérique » (digital twin). Il s’agit d’une réplique virtuelle et dynamique d’un processus, d’un produit ou même d’une usine entière. Ce jumeau est alimenté en temps réel par les données des capteurs du monde physique. Il permet de simuler, de tester et de prédire.
Étude de cas : le jumeau numérique dans la Beauce, au Québec
Des entreprises manufacturières québécoises, notamment dans la région dynamique de la Beauce, utilisent des jumeaux numériques pour optimiser leurs investissements. Avant d’acheter une nouvelle chaîne de production coûteuse, elles en créent un modèle virtuel et simulent son intégration dans l’usine existante. Cela leur permet de prévoir les goulots d’étranglement, d’optimiser l’agencement et de calculer le retour sur investissement avec une grande précision. Des organismes comme Scale AI soutiennent activement ces PME pour intégrer l’IA dans toute leur chaîne d’approvisionnement, de la prévision de la demande à l’optimisation du réseau logistique.
L’or numérique se trouve dans les réponses que ces technologies peuvent apporter : Quelle est la configuration de machine qui maximise la qualité tout en minimisant la consommation d’énergie ? Comment ajuster la chaîne logistique en temps réel face à une perturbation anticipée ? Quel est le design de produit qui répondra le mieux aux futures attentes des clients ? Le budget 2024 du gouvernement canadien, allouant 2 milliards de dollars à l’infrastructure de calcul et technologique en IA, témoigne de la volonté nationale de fournir aux entreprises les moyens de cette transformation. Transformer les données de l’usine en or numérique n’est plus une fiction, mais une stratégie concrète à la portée des PME visionnaires.
L’étape suivante consiste à évaluer votre propre maturité analytique et à identifier le premier projet prédictif qui générera le plus de valeur pour votre organisation. L’avenir de votre entreprise ne s’attend pas, il se prédit.